
Aminata Yade
19 September 2026
•
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Moins de 6 mins.

Coups, insultes, menaces ou humiliations…
La violence intrafamiliale est parfois la première violence à laquelle un enfant est confronté. Avant l’école, il ne connaît rien d’autre que son quotidien familial, l’autorité de ses parents et l’attachement à sa fratrie, s’il en a une. En bas âge, il réagit physiquement à ce qu’il voit ou entend, même s’il n’est pas encore capable de tout comprendre. La peur se lit dans son regard, les pleurs deviennent son seul langage. Il sursaute, tremble, s’accroche ou ne s’alimente plus ; son corps enregistre les marques de ces violences (voir : Effets de la violence conjugale sur l’enfant | Unaf). Le petit garçon ou la petite fille est alors contraint de grandir dans cette famille qu’il n’a pourtant pas choisie.
Les années passent et l’enfant, devenu plus grand, ne réagit plus aux cris entre les murs, aux gifles entre les repas, aux insultes qui éclatent… entre son père et sa mère, ou entre ses frères et ses sœurs. Et lorsque lui-même en est la cible, il se résigne à croire que demain donnera lieu à un autre épisode ; que demain sera peut-être pire que la veille.
La violence, lorsqu’elle se répète, finit par devenir une réalité familière, alors même qu’elle ne devrait pas l’être.
À l’école, il garde le silence. Il apprend à séparer ce qui se passe à la maison de ce qui se passe dehors. Soit il parvient à tenir le rythme des autres et à maintenir de bons résultats scolaires, soit il lutte pour être au niveau.
À l’adolescence vient ce moment où même le silence ne suffit plus à masquer la souffrance. Et avec elle, des interrogations : « Est-ce que ce que je vis chez moi est normal ? », « Les autres n’ont pas l’air de vivre ça », « Pourquoi cette famille et pas une autre ? », « Jusqu’à quand ? »
En effet. Jusqu’à quand ?
Certains jours sont plus pénibles que d’autres. Il faut supporter les disputes, les exigences de l’école, le regard des parents, tout en pensant à l’avenir, à une éventuelle porte de sortie. Et toujours cette question persistante : « Pourquoi la haine et pas l’amour ? » Elle nourrit un sentiment de honte. La honte de ne pas avoir la vie qu’il aurait aimé avoir, la honte de devoir constamment prouver qu’il vaut quelque chose et qu’il n’est pas moins méritant que les autres.
Le honteux se cache pour moins souffrir ou tente de se revaloriser aux yeux d’autrui, Boris Cyrulnik.
Car derrière les rires, la violence familiale l’isole.
Dans la violence intrafamiliale vécue par un parent ou d’autres proches, l’une des épreuves les plus redoutables est probablement le phénomène d’emprise. Peu à peu, celle-ci réduit la liberté, contraint la volonté de l’autre et peut finir par altérer sa capacité à agir pour lui-même. À cela s’ajoutent des mécanismes qui peuvent empêcher la victime de réaliser la gravité de la situation dans laquelle elle se trouve. Souvent, elle voudrait partir, mais n’y parvient pas et demander de l’aide peut alors sembler tout aussi difficile.
L’adolescent, lui, qu’il soit témoin ou directement victime, est démuni face à cette situation. Il peut osciller entre un sentiment de culpabilité et de responsabilité. Pour faire face, il apprend à refouler ses émotions. À ne plus faire confiance, à se protéger de l’attachement ou à ne plus se confier sur ce qu’il ressent. Avec le temps, ces réactions peuvent devenir des mécanismes de défense.
Dans ses relations avec les autres, et plus particulièrement lors des conflits, ces mécanismes peuvent se traduire de différentes manières. Certains peuvent adopter des comportements très évitants, tandis que d’autres peuvent se montrer plus frontaux. Les deux extrêmes peuvent exister. La peur de l’abandon ou du rejet peut également être très présente. Dans d’autres cas, l’adolescent ou l’adulte peut minimiser ses propres besoins pour ne pas contrarier l’autre. S’excuser facilement ou exprimer une gratitude excessive peuvent aussi devenir des moyens de se protéger.
De manière générale, l’estime de soi peut être altérée. À l’adolescence comme à l’âge adulte, les conséquences d’une exposition à la violence intrafamiliale peuvent notamment se traduire par une hypervigilance, de l’anxiété ou un stress chronique.
Pour autant, grandir dans un climat familial violent ne signifie pas nécessairement présenter ces symptômes ou reproduire ces violences. Mais cela peut arriver. Face à un désaccord, des difficultés à communiquer ou à gérer certaines émotions, parfois associées à une forte sensibilité à la critique ou au jugement, peuvent, dans certains cas, conduire à des comportements agressifs, qu’ils soient verbaux ou physiques.
À l’inverse, la violence vécue dans l’enfance peut rendre certaines personnes plus vulnérables à des relations dans lesquelles l’autre exerce une forme de domination.
Les conséquences ne sont donc pas identiques pour chacun. Elles dépendent de l’histoire de la personne, de son environnement et des ressources dont elle dispose pour se reconstruire.
Ces violences peuvent toucher tout le monde et constituent un véritable problème de société.
En 2025, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 473 000 victimes de violences physiques, dont 54 % dans la sphère familiale. Parmi ces victimes, 114 500 étaient mineures, soit une victime sur quatre (source : ministère de l’Intérieur).
Depuis plusieurs années, les associations et les ONG alertent sur les violences intrafamiliales et celles faites aux jeunes, en raison des conséquences qu’elles peuvent entraîner. Dans les situations les plus graves, les violences peuvent entraîner la mort ou être associées à des conduites suicidaires.
La violence peut être présente sans être immédiatement identifiée comme telle. Apprendre à reconnaître ses signes et ses effets permet de mieux comprendre ce que l’on vit et, lorsque cela est nécessaire, de chercher de l’aide. Des services spécialisés sont également disponibles pour accompagner les victimes.
Le 3919, numéro national d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences, est accessible gratuitement et anonymement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Pour aller plus loin : article scientifique sur les conséquences de l’exposition aux violences intrafamiliales - ScienceDirect

Coups, insultes, menaces ou humiliations…
La violence intrafamiliale est parfois la première violence à laquelle un enfant est confronté. Avant l’école, il ne connaît rien d’autre que son quotidien familial, l’autorité de ses parents et l’attachement à sa fratrie, s’il en a une. En bas âge, il réagit physiquement à ce qu’il voit ou entend, même s’il n’est pas encore capable de tout comprendre. La peur se lit dans son regard, les pleurs deviennent son seul langage. Il sursaute, tremble, s’accroche ou ne s’alimente plus ; son corps enregistre les marques de ces violences (voir : Effets de la violence conjugale sur l’enfant | Unaf). Le petit garçon ou la petite fille est alors contraint de grandir dans cette famille qu’il n’a pourtant pas choisie.
Les années passent et l’enfant, devenu plus grand, ne réagit plus aux cris entre les murs, aux gifles entre les repas, aux insultes qui éclatent… entre son père et sa mère, ou entre ses frères et ses sœurs. Et lorsque lui-même en est la cible, il se résigne à croire que demain donnera lieu à un autre épisode ; que demain sera peut-être pire que la veille.
La violence, lorsqu’elle se répète, finit par devenir une réalité familière, alors même qu’elle ne devrait pas l’être.
À l’école, il garde le silence. Il apprend à séparer ce qui se passe à la maison de ce qui se passe dehors. Soit il parvient à tenir le rythme des autres et à maintenir de bons résultats scolaires, soit il lutte pour être au niveau.
À l’adolescence vient ce moment où même le silence ne suffit plus à masquer la souffrance. Et avec elle, des interrogations : « Est-ce que ce que je vis chez moi est normal ? », « Les autres n’ont pas l’air de vivre ça », « Pourquoi cette famille et pas une autre ? », « Jusqu’à quand ? »
En effet. Jusqu’à quand ?
Certains jours sont plus pénibles que d’autres. Il faut supporter les disputes, les exigences de l’école, le regard des parents, tout en pensant à l’avenir, à une éventuelle porte de sortie. Et toujours cette question persistante : « Pourquoi la haine et pas l’amour ? » Elle nourrit un sentiment de honte. La honte de ne pas avoir la vie qu’il aurait aimé avoir, la honte de devoir constamment prouver qu’il vaut quelque chose et qu’il n’est pas moins méritant que les autres.
Le honteux se cache pour moins souffrir ou tente de se revaloriser aux yeux d’autrui, Boris Cyrulnik.
Car derrière les rires, la violence familiale l’isole.
Dans la violence intrafamiliale vécue par un parent ou d’autres proches, l’une des épreuves les plus redoutables est probablement le phénomène d’emprise. Peu à peu, celle-ci réduit la liberté, contraint la volonté de l’autre et peut finir par altérer sa capacité à agir pour lui-même. À cela s’ajoutent des mécanismes qui peuvent empêcher la victime de réaliser la gravité de la situation dans laquelle elle se trouve. Souvent, elle voudrait partir, mais n’y parvient pas et demander de l’aide peut alors sembler tout aussi difficile.
L’adolescent, lui, qu’il soit témoin ou directement victime, est démuni face à cette situation. Il peut osciller entre un sentiment de culpabilité et de responsabilité. Pour faire face, il apprend à refouler ses émotions. À ne plus faire confiance, à se protéger de l’attachement ou à ne plus se confier sur ce qu’il ressent. Avec le temps, ces réactions peuvent devenir des mécanismes de défense.
Dans ses relations avec les autres, et plus particulièrement lors des conflits, ces mécanismes peuvent se traduire de différentes manières. Certains peuvent adopter des comportements très évitants, tandis que d’autres peuvent se montrer plus frontaux. Les deux extrêmes peuvent exister. La peur de l’abandon ou du rejet peut également être très présente. Dans d’autres cas, l’adolescent ou l’adulte peut minimiser ses propres besoins pour ne pas contrarier l’autre. S’excuser facilement ou exprimer une gratitude excessive peuvent aussi devenir des moyens de se protéger.
De manière générale, l’estime de soi peut être altérée. À l’adolescence comme à l’âge adulte, les conséquences d’une exposition à la violence intrafamiliale peuvent notamment se traduire par une hypervigilance, de l’anxiété ou un stress chronique.
Pour autant, grandir dans un climat familial violent ne signifie pas nécessairement présenter ces symptômes ou reproduire ces violences. Mais cela peut arriver. Face à un désaccord, des difficultés à communiquer ou à gérer certaines émotions, parfois associées à une forte sensibilité à la critique ou au jugement, peuvent, dans certains cas, conduire à des comportements agressifs, qu’ils soient verbaux ou physiques.
À l’inverse, la violence vécue dans l’enfance peut rendre certaines personnes plus vulnérables à des relations dans lesquelles l’autre exerce une forme de domination.
Les conséquences ne sont donc pas identiques pour chacun. Elles dépendent de l’histoire de la personne, de son environnement et des ressources dont elle dispose pour se reconstruire.
Ces violences peuvent toucher tout le monde et constituent un véritable problème de société.
En 2025, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 473 000 victimes de violences physiques, dont 54 % dans la sphère familiale. Parmi ces victimes, 114 500 étaient mineures, soit une victime sur quatre (source : ministère de l’Intérieur).
Depuis plusieurs années, les associations et les ONG alertent sur les violences intrafamiliales et celles faites aux jeunes, en raison des conséquences qu’elles peuvent entraîner. Dans les situations les plus graves, les violences peuvent entraîner la mort ou être associées à des conduites suicidaires.
La violence peut être présente sans être immédiatement identifiée comme telle. Apprendre à reconnaître ses signes et ses effets permet de mieux comprendre ce que l’on vit et, lorsque cela est nécessaire, de chercher de l’aide. Des services spécialisés sont également disponibles pour accompagner les victimes.
Le 3919, numéro national d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences, est accessible gratuitement et anonymement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Pour aller plus loin : article scientifique sur les conséquences de l’exposition aux violences intrafamiliales - ScienceDirect
Coups, insultes, menaces ou humiliations…
La violence intrafamiliale est parfois la première violence à laquelle un enfant est confronté. Avant l’école, il ne connaît rien d’autre que son quotidien familial, l’autorité de ses parents et l’attachement à sa fratrie, s’il en a une. En bas âge, il réagit physiquement à ce qu’il voit ou entend, même s’il n’est pas encore capable de tout comprendre. La peur se lit dans son regard, les pleurs deviennent son seul langage. Il sursaute, tremble, s’accroche ou ne s’alimente plus ; son corps enregistre les marques de ces violences (voir : Effets de la violence conjugale sur l’enfant | Unaf). Le petit garçon ou la petite fille est alors contraint de grandir dans cette famille qu’il n’a pourtant pas choisie.
Les années passent et l’enfant, devenu plus grand, ne réagit plus aux cris entre les murs, aux gifles entre les repas, aux insultes qui éclatent… entre son père et sa mère, ou entre ses frères et ses sœurs. Et lorsque lui-même en est la cible, il se résigne à croire que demain donnera lieu à un autre épisode ; que demain sera peut-être pire que la veille.
La violence, lorsqu’elle se répète, finit par devenir une réalité familière, alors même qu’elle ne devrait pas l’être.
À l’école, il garde le silence. Il apprend à séparer ce qui se passe à la maison de ce qui se passe dehors. Soit il parvient à tenir le rythme des autres et à maintenir de bons résultats scolaires, soit il lutte pour être au niveau.
À l’adolescence vient ce moment où même le silence ne suffit plus à masquer la souffrance. Et avec elle, des interrogations : « Est-ce que ce que je vis chez moi est normal ? », « Les autres n’ont pas l’air de vivre ça », « Pourquoi cette famille et pas une autre ? », « Jusqu’à quand ? »
En effet. Jusqu’à quand ?
Certains jours sont plus pénibles que d’autres. Il faut supporter les disputes, les exigences de l’école, le regard des parents, tout en pensant à l’avenir, à une éventuelle porte de sortie. Et toujours cette question persistante : « Pourquoi la haine et pas l’amour ? » Elle nourrit un sentiment de honte. La honte de ne pas avoir la vie qu’il aurait aimé avoir, la honte de devoir constamment prouver qu’il vaut quelque chose et qu’il n’est pas moins méritant que les autres.
Le honteux se cache pour moins souffrir ou tente de se revaloriser aux yeux d’autrui, Boris Cyrulnik.
Car derrière les rires, la violence familiale l’isole.
Dans la violence intrafamiliale vécue par un parent ou d’autres proches, l’une des épreuves les plus redoutables est probablement le phénomène d’emprise. Peu à peu, celle-ci réduit la liberté, contraint la volonté de l’autre et peut finir par altérer sa capacité à agir pour lui-même. À cela s’ajoutent des mécanismes qui peuvent empêcher la victime de réaliser la gravité de la situation dans laquelle elle se trouve. Souvent, elle voudrait partir, mais n’y parvient pas et demander de l’aide peut alors sembler tout aussi difficile.
L’adolescent, lui, qu’il soit témoin ou directement victime, est démuni face à cette situation. Il peut osciller entre un sentiment de culpabilité et de responsabilité. Pour faire face, il apprend à refouler ses émotions. À ne plus faire confiance, à se protéger de l’attachement ou à ne plus se confier sur ce qu’il ressent. Avec le temps, ces réactions peuvent devenir des mécanismes de défense.
Dans ses relations avec les autres, et plus particulièrement lors des conflits, ces mécanismes peuvent se traduire de différentes manières. Certains peuvent adopter des comportements très évitants, tandis que d’autres peuvent se montrer plus frontaux. Les deux extrêmes peuvent exister. La peur de l’abandon ou du rejet peut également être très présente. Dans d’autres cas, l’adolescent ou l’adulte peut minimiser ses propres besoins pour ne pas contrarier l’autre. S’excuser facilement ou exprimer une gratitude excessive peuvent aussi devenir des moyens de se protéger.
De manière générale, l’estime de soi peut être altérée. À l’adolescence comme à l’âge adulte, les conséquences d’une exposition à la violence intrafamiliale peuvent notamment se traduire par une hypervigilance, de l’anxiété ou un stress chronique.
Pour autant, grandir dans un climat familial violent ne signifie pas nécessairement présenter ces symptômes ou reproduire ces violences. Mais cela peut arriver. Face à un désaccord, des difficultés à communiquer ou à gérer certaines émotions, parfois associées à une forte sensibilité à la critique ou au jugement, peuvent, dans certains cas, conduire à des comportements agressifs, qu’ils soient verbaux ou physiques.
À l’inverse, la violence vécue dans l’enfance peut rendre certaines personnes plus vulnérables à des relations dans lesquelles l’autre exerce une forme de domination.
Les conséquences ne sont donc pas identiques pour chacun. Elles dépendent de l’histoire de la personne, de son environnement et des ressources dont elle dispose pour se reconstruire.
Ces violences peuvent toucher tout le monde et constituent un véritable problème de société.
En 2025, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 473 000 victimes de violences physiques, dont 54 % dans la sphère familiale. Parmi ces victimes, 114 500 étaient mineures, soit une victime sur quatre (source : ministère de l’Intérieur).
Depuis plusieurs années, les associations et les ONG alertent sur les violences intrafamiliales et celles faites aux jeunes, en raison des conséquences qu’elles peuvent entraîner. Dans les situations les plus graves, les violences peuvent entraîner la mort ou être associées à des conduites suicidaires.
La violence peut être présente sans être immédiatement identifiée comme telle. Apprendre à reconnaître ses signes et ses effets permet de mieux comprendre ce que l’on vit et, lorsque cela est nécessaire, de chercher de l’aide. Des services spécialisés sont également disponibles pour accompagner les victimes.
Le 3919, numéro national d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences, est accessible gratuitement et anonymement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Pour aller plus loin : article scientifique sur les conséquences de l’exposition aux violences intrafamiliales - ScienceDirect