
Aminata Yade
01 October 2026
•
Temps de lecture:
Moins de 6 mins.

C’était une expérience assez troublante pour moi, parce que ça s’est passé alors que j’occupais un poste que je considérais comme alimentaire.
Au début, je n’avais pas décelé le harcèlement, mais il s’est ensuite avéré plus insidieux que je ne le pensais.
Ma manager me faisait des réflexions qui n’avaient rien à voir avec mon travail, puis mon autre cheffe s’y est mise elle aussi. Tous les jours, pendant des mois, j’étais harcelée sur mon apparence, ma coupe de cheveux, ma manière de m’habiller… Pourtant, je faisais un excellent travail, mais mon physique ne plaisait pas. J’ai fini par en parler à la responsable RH, qui n’a malheureusement pas pris en compte ce que je lui rapportais et a minimisé la situation.
J’ai été harcelée pendant plusieurs mois, de juillet 2025 à janvier 2026. Puis, un beau jour, mon corps a lâché. J’ai fait une grosse crise d’angoisse au travail et j’ai dû être arrêtée par un médecin. Même après, je faisais des blocages rien qu’à l’idée de retourner sur mon lieu de travail.
C’est mon corps qui a mis fin à ce harcèlement.
J’ai toujours eu le rêve d’être exposée, que ce soit à travers la peinture, le dessin ou la photographie. Pendant la période où je subissais le harcèlement, les comportements malveillants se sont intensifiés : lettres recommandées, entretiens qui n’avaient pas lieu d’être… J’accumulais beaucoup de stress. Au bout d’un moment, j’ai demandé à changer de poste ou de site, mais rien n’a été fait.
C’est vraiment la photographie qui m’a permis de libérer mes émotions, puisque personne ne m’écoutait. J’avais mon entourage, bien sûr, mais il ne pouvait pas m’aider concrètement sur le moment.
J’étais bien obligée de m’expliquer et de m’exprimer par autre chose que la parole, et c’est ce que j’ai fait avec la photo.

Je ne l’ai pas compris tout de suite, en tout cas pas pendant le processus de création des photos. C’est en écoutant les histoires de mes modèles, qui avaient eux aussi vécu le harcèlement, que je l’ai réalisé. Je ne voulais pas les laisser dans l’ombre. J’avais le devoir de les aider à ma manière.
J’ai cherché un titre qui permette de se questionner à la fois sur les dimensions physique et psychologique du harcèlement.
Pour moi, le harcèlement, c’est une guerre intérieure. On se remet sans cesse en question.
En tant que victime, on a toujours l’impression d’être le problème, alors que la plupart du temps, on ne l’est pas. Mais c’est aussi une guerre avec les autres, parce qu’on est censé cacher ses émotions tout en montrant qu’il y a un problème. C’est un va-et-vient de pensées constant.
Alors, « En guerre » était le titre parfait pour résumer et cerner l’idée de l’exposition.
Je l’ai trouvé difficile et long, parce qu’il évoluait au rythme de mon état. Pendant cette année de création, il y a eu des moments très compliqués, notamment lorsqu’il a fallu, au début, me replonger dans le harcèlement que j’avais vécu pour trouver l’inspiration.
J’étais convaincue de ce que je voulais faire et de l’importance du sujet, mais j’ai aussi beaucoup hésité sur certains points. Je voulais que cette exposition soit la plus parlante possible sans être perçue comme agressive, ni donner aux victimes ou aux harceleurs le sentiment d’être attaqués. Je voulais surtout qu’elle soit vue par le plus grand nombre et rappeler que le harcèlement peut intervenir partout et à n’importe quel moment de notre vie, pas seulement au travail.
Parler de ce qui touche au travail me paraissait intéressant parce qu'on est payé pour le travail qu'on fait, pas pour le harcèlement qui va avec.
L’image était, pour moi, le meilleur moyen d’aborder ce sujet.
Il y a beaucoup d’interrogations autour d’une image. Elle apporte une clarté immédiate que les mots ne peuvent pas toujours offrir.
C’est aussi ce qu’on retient le plus, par rapport à l’écriture ou au son. L’image capte l’attention, y compris celle des enfants. Elle permet de déceler des émotions, mais aussi de comprendre les envies ou les traumatismes qui peuvent découler du harcèlement.
J’ai pensé au milieu hospitalier, pour commencer. Je crois que les soignants sont particulièrement susceptibles de comprendre le harcèlement, en raison de la charge de travail et de la pression qu’ils vivent au quotidien. J’ai aussi envie de m’adresser aux enfants, dans le cadre d’un atelier à l’école, ou d’exposer mes photos dans les lycées et les collèges. C’est aussi à ces âges que le harcèlement peut démarrer et que certains comportements se mettent en place.

Je dirais que c’est avant tout une question de bien comprendre ce qu’est le harcèlement. Ça peut commencer par des regards insistants, des messes basses, des blagues qui, en réalité, ne sont pas drôles, et c’est justement là qu’il faut rester très attentif. C’est ensuite l’accumulation de ces faits qui finit par rendre la situation insupportable.
Les trois à la fois. En développant l'idée, j’avais envie de provoquer une émotion, que ce soit chez le harceleur ou chez la victime. Ensuite, pendant le shooting, je voulais qu’on puisse se mettre à la place de la personne que l’on regarde sur la photo et s’interroger sur ce qu’elle vit, pour comprendre que ce n’est pas normal.
Enfin, pour la présentation, je voulais que les personnes qui voient cette exposition prennent conscience qu’il faut dénoncer le harcèlement et en parler autour de soi.
Il ne suffit pas d’être témoin, il faut aussi être acteur.
Je ne dirais pas qu’elle a changé ma manière de créer, mais qu’elle l’a fait évoluer. Je sais maintenant jusqu’où mon travail peut aller et qu’il peut provoquer chez le spectateur l’envie de parler d’un sujet, mais aussi de parler de lui-même.
Lors de mon premier vernissage, des personnes m’ont raconté des anecdotes et des situations qu’elles avaient vécues. Tout le monde s’est senti concerné.

C’était une expérience assez troublante pour moi, parce que ça s’est passé alors que j’occupais un poste que je considérais comme alimentaire.
Au début, je n’avais pas décelé le harcèlement, mais il s’est ensuite avéré plus insidieux que je ne le pensais.
Ma manager me faisait des réflexions qui n’avaient rien à voir avec mon travail, puis mon autre cheffe s’y est mise elle aussi. Tous les jours, pendant des mois, j’étais harcelée sur mon apparence, ma coupe de cheveux, ma manière de m’habiller… Pourtant, je faisais un excellent travail, mais mon physique ne plaisait pas. J’ai fini par en parler à la responsable RH, qui n’a malheureusement pas pris en compte ce que je lui rapportais et a minimisé la situation.
J’ai été harcelée pendant plusieurs mois, de juillet 2025 à janvier 2026. Puis, un beau jour, mon corps a lâché. J’ai fait une grosse crise d’angoisse au travail et j’ai dû être arrêtée par un médecin. Même après, je faisais des blocages rien qu’à l’idée de retourner sur mon lieu de travail.
C’est mon corps qui a mis fin à ce harcèlement.
J’ai toujours eu le rêve d’être exposée, que ce soit à travers la peinture, le dessin ou la photographie. Pendant la période où je subissais le harcèlement, les comportements malveillants se sont intensifiés : lettres recommandées, entretiens qui n’avaient pas lieu d’être… J’accumulais beaucoup de stress. Au bout d’un moment, j’ai demandé à changer de poste ou de site, mais rien n’a été fait.
C’est vraiment la photographie qui m’a permis de libérer mes émotions, puisque personne ne m’écoutait. J’avais mon entourage, bien sûr, mais il ne pouvait pas m’aider concrètement sur le moment.
J’étais bien obligée de m’expliquer et de m’exprimer par autre chose que la parole, et c’est ce que j’ai fait avec la photo.

Je ne l’ai pas compris tout de suite, en tout cas pas pendant le processus de création des photos. C’est en écoutant les histoires de mes modèles, qui avaient eux aussi vécu le harcèlement, que je l’ai réalisé. Je ne voulais pas les laisser dans l’ombre. J’avais le devoir de les aider à ma manière.
J’ai cherché un titre qui permette de se questionner à la fois sur les dimensions physique et psychologique du harcèlement.
Pour moi, le harcèlement, c’est une guerre intérieure. On se remet sans cesse en question.
En tant que victime, on a toujours l’impression d’être le problème, alors que la plupart du temps, on ne l’est pas. Mais c’est aussi une guerre avec les autres, parce qu’on est censé cacher ses émotions tout en montrant qu’il y a un problème. C’est un va-et-vient de pensées constant.
Alors, « En guerre » était le titre parfait pour résumer et cerner l’idée de l’exposition.
Je l’ai trouvé difficile et long, parce qu’il évoluait au rythme de mon état. Pendant cette année de création, il y a eu des moments très compliqués, notamment lorsqu’il a fallu, au début, me replonger dans le harcèlement que j’avais vécu pour trouver l’inspiration.
J’étais convaincue de ce que je voulais faire et de l’importance du sujet, mais j’ai aussi beaucoup hésité sur certains points. Je voulais que cette exposition soit la plus parlante possible sans être perçue comme agressive, ni donner aux victimes ou aux harceleurs le sentiment d’être attaqués. Je voulais surtout qu’elle soit vue par le plus grand nombre et rappeler que le harcèlement peut intervenir partout et à n’importe quel moment de notre vie, pas seulement au travail.
Parler de ce qui touche au travail me paraissait intéressant parce qu'on est payé pour le travail qu'on fait, pas pour le harcèlement qui va avec.
L’image était, pour moi, le meilleur moyen d’aborder ce sujet.
Il y a beaucoup d’interrogations autour d’une image. Elle apporte une clarté immédiate que les mots ne peuvent pas toujours offrir.
C’est aussi ce qu’on retient le plus, par rapport à l’écriture ou au son. L’image capte l’attention, y compris celle des enfants. Elle permet de déceler des émotions, mais aussi de comprendre les envies ou les traumatismes qui peuvent découler du harcèlement.
J’ai pensé au milieu hospitalier, pour commencer. Je crois que les soignants sont particulièrement susceptibles de comprendre le harcèlement, en raison de la charge de travail et de la pression qu’ils vivent au quotidien. J’ai aussi envie de m’adresser aux enfants, dans le cadre d’un atelier à l’école, ou d’exposer mes photos dans les lycées et les collèges. C’est aussi à ces âges que le harcèlement peut démarrer et que certains comportements se mettent en place.

Je dirais que c’est avant tout une question de bien comprendre ce qu’est le harcèlement. Ça peut commencer par des regards insistants, des messes basses, des blagues qui, en réalité, ne sont pas drôles, et c’est justement là qu’il faut rester très attentif. C’est ensuite l’accumulation de ces faits qui finit par rendre la situation insupportable.
Les trois à la fois. En développant l'idée, j’avais envie de provoquer une émotion, que ce soit chez le harceleur ou chez la victime. Ensuite, pendant le shooting, je voulais qu’on puisse se mettre à la place de la personne que l’on regarde sur la photo et s’interroger sur ce qu’elle vit, pour comprendre que ce n’est pas normal.
Enfin, pour la présentation, je voulais que les personnes qui voient cette exposition prennent conscience qu’il faut dénoncer le harcèlement et en parler autour de soi.
Il ne suffit pas d’être témoin, il faut aussi être acteur.
Je ne dirais pas qu’elle a changé ma manière de créer, mais qu’elle l’a fait évoluer. Je sais maintenant jusqu’où mon travail peut aller et qu’il peut provoquer chez le spectateur l’envie de parler d’un sujet, mais aussi de parler de lui-même.
Lors de mon premier vernissage, des personnes m’ont raconté des anecdotes et des situations qu’elles avaient vécues. Tout le monde s’est senti concerné.
C’était une expérience assez troublante pour moi, parce que ça s’est passé alors que j’occupais un poste que je considérais comme alimentaire.
Au début, je n’avais pas décelé le harcèlement, mais il s’est ensuite avéré plus insidieux que je ne le pensais.
Ma manager me faisait des réflexions qui n’avaient rien à voir avec mon travail, puis mon autre cheffe s’y est mise elle aussi. Tous les jours, pendant des mois, j’étais harcelée sur mon apparence, ma coupe de cheveux, ma manière de m’habiller… Pourtant, je faisais un excellent travail, mais mon physique ne plaisait pas. J’ai fini par en parler à la responsable RH, qui n’a malheureusement pas pris en compte ce que je lui rapportais et a minimisé la situation.
J’ai été harcelée pendant plusieurs mois, de juillet 2025 à janvier 2026. Puis, un beau jour, mon corps a lâché. J’ai fait une grosse crise d’angoisse au travail et j’ai dû être arrêtée par un médecin. Même après, je faisais des blocages rien qu’à l’idée de retourner sur mon lieu de travail.
C’est mon corps qui a mis fin à ce harcèlement.
J’ai toujours eu le rêve d’être exposée, que ce soit à travers la peinture, le dessin ou la photographie. Pendant la période où je subissais le harcèlement, les comportements malveillants se sont intensifiés : lettres recommandées, entretiens qui n’avaient pas lieu d’être… J’accumulais beaucoup de stress. Au bout d’un moment, j’ai demandé à changer de poste ou de site, mais rien n’a été fait.
C’est vraiment la photographie qui m’a permis de libérer mes émotions, puisque personne ne m’écoutait. J’avais mon entourage, bien sûr, mais il ne pouvait pas m’aider concrètement sur le moment.
J’étais bien obligée de m’expliquer et de m’exprimer par autre chose que la parole, et c’est ce que j’ai fait avec la photo.

Je ne l’ai pas compris tout de suite, en tout cas pas pendant le processus de création des photos. C’est en écoutant les histoires de mes modèles, qui avaient eux aussi vécu le harcèlement, que je l’ai réalisé. Je ne voulais pas les laisser dans l’ombre. J’avais le devoir de les aider à ma manière.
J’ai cherché un titre qui permette de se questionner à la fois sur les dimensions physique et psychologique du harcèlement.
Pour moi, le harcèlement, c’est une guerre intérieure. On se remet sans cesse en question.
En tant que victime, on a toujours l’impression d’être le problème, alors que la plupart du temps, on ne l’est pas. Mais c’est aussi une guerre avec les autres, parce qu’on est censé cacher ses émotions tout en montrant qu’il y a un problème. C’est un va-et-vient de pensées constant.
Alors, « En guerre » était le titre parfait pour résumer et cerner l’idée de l’exposition.
Je l’ai trouvé difficile et long, parce qu’il évoluait au rythme de mon état. Pendant cette année de création, il y a eu des moments très compliqués, notamment lorsqu’il a fallu, au début, me replonger dans le harcèlement que j’avais vécu pour trouver l’inspiration.
J’étais convaincue de ce que je voulais faire et de l’importance du sujet, mais j’ai aussi beaucoup hésité sur certains points. Je voulais que cette exposition soit la plus parlante possible sans être perçue comme agressive, ni donner aux victimes ou aux harceleurs le sentiment d’être attaqués. Je voulais surtout qu’elle soit vue par le plus grand nombre et rappeler que le harcèlement peut intervenir partout et à n’importe quel moment de notre vie, pas seulement au travail.
Parler de ce qui touche au travail me paraissait intéressant parce qu'on est payé pour le travail qu'on fait, pas pour le harcèlement qui va avec.
L’image était, pour moi, le meilleur moyen d’aborder ce sujet.
Il y a beaucoup d’interrogations autour d’une image. Elle apporte une clarté immédiate que les mots ne peuvent pas toujours offrir.
C’est aussi ce qu’on retient le plus, par rapport à l’écriture ou au son. L’image capte l’attention, y compris celle des enfants. Elle permet de déceler des émotions, mais aussi de comprendre les envies ou les traumatismes qui peuvent découler du harcèlement.
J’ai pensé au milieu hospitalier, pour commencer. Je crois que les soignants sont particulièrement susceptibles de comprendre le harcèlement, en raison de la charge de travail et de la pression qu’ils vivent au quotidien. J’ai aussi envie de m’adresser aux enfants, dans le cadre d’un atelier à l’école, ou d’exposer mes photos dans les lycées et les collèges. C’est aussi à ces âges que le harcèlement peut démarrer et que certains comportements se mettent en place.

Je dirais que c’est avant tout une question de bien comprendre ce qu’est le harcèlement. Ça peut commencer par des regards insistants, des messes basses, des blagues qui, en réalité, ne sont pas drôles, et c’est justement là qu’il faut rester très attentif. C’est ensuite l’accumulation de ces faits qui finit par rendre la situation insupportable.
Les trois à la fois. En développant l'idée, j’avais envie de provoquer une émotion, que ce soit chez le harceleur ou chez la victime. Ensuite, pendant le shooting, je voulais qu’on puisse se mettre à la place de la personne que l’on regarde sur la photo et s’interroger sur ce qu’elle vit, pour comprendre que ce n’est pas normal.
Enfin, pour la présentation, je voulais que les personnes qui voient cette exposition prennent conscience qu’il faut dénoncer le harcèlement et en parler autour de soi.
Il ne suffit pas d’être témoin, il faut aussi être acteur.
Je ne dirais pas qu’elle a changé ma manière de créer, mais qu’elle l’a fait évoluer. Je sais maintenant jusqu’où mon travail peut aller et qu’il peut provoquer chez le spectateur l’envie de parler d’un sujet, mais aussi de parler de lui-même.
Lors de mon premier vernissage, des personnes m’ont raconté des anecdotes et des situations qu’elles avaient vécues. Tout le monde s’est senti concerné.