La dysphorie de genre, souffrir d’être enfermé(e) dans le mauvais corps

Se sentir homme ou femme tout en vivant dans un corps qui ne correspond pas à son identité de genre, c'est ce que la clinique appelle la dysphorie de genre. Il ne s'agit pas d'une maladie, mais du terme utilisé par l'Association américaine de psychiatrie pour désigner la détresse éprouvée par les personnes dont l'identité de genre est en inadéquation avec le sexe qui leur a été assigné à la naissance.
Portrait d'une femme souriante aux cheveux longs et bouclés portant un haut et une robe rouges sur fond bleu clair, c'est la praticienne Aminata Yade.
Aminata Yade
03 August 2026
•
Temps de lecture:
Moins de 4 mins.
Photo libre de droit, origine Pexel.

Cette sensation d'être enfermé(e) dans un corps qui ne correspond pas à ce que l'on ressent est une réalité qui peut toucher tout type d’individus. 

La dysphorie de genre, différente chez l’enfant, l’ado et l’adulte 

Chez certains enfants, la dysphorie de genre peut se manifester dès l'âge de sept ou huit ans. Les garçons peuvent souhaiter porter des vêtements féminins, emprunter les tenues de leur mère ou de leur sœur et préférer des jeux traditionnellement associés aux filles. Ils peuvent également exprimer un rejet de leurs organes génitaux. Lorsque ces comportements persistent plus de six mois et s'accompagnent d'une souffrance significative, une évaluation clinique permet d'en apprécier l'évolution et la signification. 

Les adolescents, eux, auront tendance à masquer les caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas à leur identité de genre. Ils adopteront souvent un style androgyne ou des vêtements amples pour atténuer leur silhouette. Ils pourront également souhaiter être reconnus comme appartenant à l'autre genre et auront le sentiment de penser, de ressentir et de réagir en accord avec celui-ci. Cette période est particulièrement complexe, car elle coïncide avec la construction identitaire propre à l'adolescence. 

Enfin, chez l'adulte, les manifestations de la dysphorie de genre évoluent avec la construction identitaire. Ces personnes peuvent adopter une apparence en accord avec le genre auquel elles s'identifient. Mais, selon leur environnement familial, social ou professionnel, certaines dissimulent leur identité de genre et n'osent l'exprimer qu'en privé, parfois à travers le travestissement. Cette dissimulation peut entraîner une frustration importante et accentuer leur souffrance, surtout lorsque leur cadre de vie ne leur permet pas de vivre leur identité librement. 

La dysphorie de genre concerne cependant une partie minoritaire de la population, et reste encore mal comprise de manière générale.

Des données rares, mais précieuses 

Au cours des dix dernières années, le nombre de personnes concernées et celui des demandes de prise en charge ont fortement augmenté.

Les études consacrées à la dysphorie de genre restent cependant peu nombreuses. L'une d'elles, publiée en 2013, estimait que 0,15 personne sur 10 000 était concernée par une transition de genre. En 2020, ce chiffre atteignait 1,4 pour 10 000, soit une augmentation par huit en seulement sept ans. Chez les mineurs, cette hausse était encore plus marquée, avec une multiplication par 26,8. Ces chiffres concernent toutefois les personnes qui ont été identifiées dans les parcours de soins et ne révèlent pas à eux seuls la fréquence réelle de la dysphorie de genre dans la population générale. 

Selon certains chercheurs, une différence est observée entre les personnes assignées au sexe féminin à la naissance et celles assignées au sexe masculin. Les premières consultent en moyenne à l'âge de 27 ans, contre 30 ans pour les secondes. 

Voir l’étude publiée sur le site de l’Observatoire La Petite Sirène : Épidémiologie de la dysphorie de genre et de l'incongruence de genre chez les enfants et les jeunes qui fréquentent les cabinets de soins primaires en Angleterre : étude de cohorte rétrospective 

La dysphorie de genre en psychanalyse 

La psychanalyse propose une lecture de la dysphorie de genre à partir des processus identificatoires, des relations précoces avec les figures parentales, des liens d'attachement et de la construction psychique de l'identité. Certaines théories considèrent que la souffrance psychique peut être comprise comme le reflet d'un décalage entre l'identité psychique du sujet et son vécu corporel. Ce conflit entre le corps réel et le corps psychiquement investi peut alors fragiliser le narcissisme et entraîner un sentiment d'étrangeté vis-à-vis de son propre corps. Le sujet peut alors éprouver une souffrance importante, une baisse de l'estime de soi et une difficulté à investir positivement son image corporelle. 

Il est cependant important de préciser que la psychanalyse ne considère pas que la dysphorie de genre signifie que la personne « ne sait pas ce qu'elle est ». Au contraire, de nombreuses personnes concernées décrivent une identité de genre clairement ressentie, tandis que leur souffrance provient principalement de l'inadéquation entre leur identité de genre et leur sexe assigné à la naissance.  

Lorsque cette souffrance s’intensifie, d'autres manifestations psychiques peuvent apparaître, comme des symptômes dépressifs, une anxiété chronique, des troubles de l’humeur, des conduites auto-agressives, des idées suicidaires ou encore un isolement social. Ces difficultés peuvent également être influencées par des facteurs divers, tels que les expériences de stigmatisation, les discriminations ou le manque de soutien social et familial. Certaines personnes peuvent par ailleurs présenter des symptômes dissociatifs (épisodes de déréalisation ou de dépersonnalisation), en particulier lorsque la souffrance psychique devient particulièrement importante.

Toutefois, ces manifestations ne sont pas spécifiques à la dysphorie de genre et ne sont pas systématiquement présentes.

Accompagner un patient confronté à la dysphorie de genre 

La dysphorie de genre, désignée sous le terme d'incongruence de genre dans la Classification internationale des maladies (CIM-11), a longtemps été envisagée comme un trouble psychiatrique. Aujourd'hui, la clinique la considère comme une réalité qui peut nécessiter une prise en charge multidisciplinaire. Celle-ci peut associer un accompagnement psychologique, un soutien social ainsi que, lorsque cela est souhaité et indiqué, des interventions médicales et/ou chirurgicales.

L'objectif est d'accompagner la personne dans son parcours, de réduire sa souffrance psychique et d'améliorer sa qualité de vie. 

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La dysphorie de genre, différente chez l’enfant, l’ado et l’adulte 

Chez certains enfants, la dysphorie de genre peut se manifester dès l'âge de sept ou huit ans. Les garçons peuvent souhaiter porter des vêtements féminins, emprunter les tenues de leur mère ou de leur sœur et préférer des jeux traditionnellement associés aux filles. Ils peuvent également exprimer un rejet de leurs organes génitaux. Lorsque ces comportements persistent plus de six mois et s'accompagnent d'une souffrance significative, une évaluation clinique permet d'en apprécier l'évolution et la signification. 

Les adolescents, eux, auront tendance à masquer les caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas à leur identité de genre. Ils adopteront souvent un style androgyne ou des vêtements amples pour atténuer leur silhouette. Ils pourront également souhaiter être reconnus comme appartenant à l'autre genre et auront le sentiment de penser, de ressentir et de réagir en accord avec celui-ci. Cette période est particulièrement complexe, car elle coïncide avec la construction identitaire propre à l'adolescence. 

Enfin, chez l'adulte, les manifestations de la dysphorie de genre évoluent avec la construction identitaire. Ces personnes peuvent adopter une apparence en accord avec le genre auquel elles s'identifient. Mais, selon leur environnement familial, social ou professionnel, certaines dissimulent leur identité de genre et n'osent l'exprimer qu'en privé, parfois à travers le travestissement. Cette dissimulation peut entraîner une frustration importante et accentuer leur souffrance, surtout lorsque leur cadre de vie ne leur permet pas de vivre leur identité librement. 

La dysphorie de genre concerne cependant une partie minoritaire de la population, et reste encore mal comprise de manière générale.

Des données rares, mais précieuses 

Au cours des dix dernières années, le nombre de personnes concernées et celui des demandes de prise en charge ont fortement augmenté.

Les études consacrées à la dysphorie de genre restent cependant peu nombreuses. L'une d'elles, publiée en 2013, estimait que 0,15 personne sur 10 000 était concernée par une transition de genre. En 2020, ce chiffre atteignait 1,4 pour 10 000, soit une augmentation par huit en seulement sept ans. Chez les mineurs, cette hausse était encore plus marquée, avec une multiplication par 26,8. Ces chiffres concernent toutefois les personnes qui ont été identifiées dans les parcours de soins et ne révèlent pas à eux seuls la fréquence réelle de la dysphorie de genre dans la population générale. 

Selon certains chercheurs, une différence est observée entre les personnes assignées au sexe féminin à la naissance et celles assignées au sexe masculin. Les premières consultent en moyenne à l'âge de 27 ans, contre 30 ans pour les secondes. 

Voir l’étude publiée sur le site de l’Observatoire La Petite Sirène : Épidémiologie de la dysphorie de genre et de l'incongruence de genre chez les enfants et les jeunes qui fréquentent les cabinets de soins primaires en Angleterre : étude de cohorte rétrospective 

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Il est cependant important de préciser que la psychanalyse ne considère pas que la dysphorie de genre signifie que la personne « ne sait pas ce qu'elle est ». Au contraire, de nombreuses personnes concernées décrivent une identité de genre clairement ressentie, tandis que leur souffrance provient principalement de l'inadéquation entre leur identité de genre et leur sexe assigné à la naissance.  

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Toutefois, ces manifestations ne sont pas spécifiques à la dysphorie de genre et ne sont pas systématiquement présentes.

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Chez certains enfants, la dysphorie de genre peut se manifester dès l'âge de sept ou huit ans. Les garçons peuvent souhaiter porter des vêtements féminins, emprunter les tenues de leur mère ou de leur sœur et préférer des jeux traditionnellement associés aux filles. Ils peuvent également exprimer un rejet de leurs organes génitaux. Lorsque ces comportements persistent plus de six mois et s'accompagnent d'une souffrance significative, une évaluation clinique permet d'en apprécier l'évolution et la signification. 

Les adolescents, eux, auront tendance à masquer les caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas à leur identité de genre. Ils adopteront souvent un style androgyne ou des vêtements amples pour atténuer leur silhouette. Ils pourront également souhaiter être reconnus comme appartenant à l'autre genre et auront le sentiment de penser, de ressentir et de réagir en accord avec celui-ci. Cette période est particulièrement complexe, car elle coïncide avec la construction identitaire propre à l'adolescence. 

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Selon certains chercheurs, une différence est observée entre les personnes assignées au sexe féminin à la naissance et celles assignées au sexe masculin. Les premières consultent en moyenne à l'âge de 27 ans, contre 30 ans pour les secondes. 

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La psychanalyse propose une lecture de la dysphorie de genre à partir des processus identificatoires, des relations précoces avec les figures parentales, des liens d'attachement et de la construction psychique de l'identité. Certaines théories considèrent que la souffrance psychique peut être comprise comme le reflet d'un décalage entre l'identité psychique du sujet et son vécu corporel. Ce conflit entre le corps réel et le corps psychiquement investi peut alors fragiliser le narcissisme et entraîner un sentiment d'étrangeté vis-à-vis de son propre corps. Le sujet peut alors éprouver une souffrance importante, une baisse de l'estime de soi et une difficulté à investir positivement son image corporelle. 

Il est cependant important de préciser que la psychanalyse ne considère pas que la dysphorie de genre signifie que la personne « ne sait pas ce qu'elle est ». Au contraire, de nombreuses personnes concernées décrivent une identité de genre clairement ressentie, tandis que leur souffrance provient principalement de l'inadéquation entre leur identité de genre et leur sexe assigné à la naissance.  

Lorsque cette souffrance s’intensifie, d'autres manifestations psychiques peuvent apparaître, comme des symptômes dépressifs, une anxiété chronique, des troubles de l’humeur, des conduites auto-agressives, des idées suicidaires ou encore un isolement social. Ces difficultés peuvent également être influencées par des facteurs divers, tels que les expériences de stigmatisation, les discriminations ou le manque de soutien social et familial. Certaines personnes peuvent par ailleurs présenter des symptômes dissociatifs (épisodes de déréalisation ou de dépersonnalisation), en particulier lorsque la souffrance psychique devient particulièrement importante.

Toutefois, ces manifestations ne sont pas spécifiques à la dysphorie de genre et ne sont pas systématiquement présentes.

Accompagner un patient confronté à la dysphorie de genre 

La dysphorie de genre, désignée sous le terme d'incongruence de genre dans la Classification internationale des maladies (CIM-11), a longtemps été envisagée comme un trouble psychiatrique. Aujourd'hui, la clinique la considère comme une réalité qui peut nécessiter une prise en charge multidisciplinaire. Celle-ci peut associer un accompagnement psychologique, un soutien social ainsi que, lorsque cela est souhaité et indiqué, des interventions médicales et/ou chirurgicales.

L'objectif est d'accompagner la personne dans son parcours, de réduire sa souffrance psychique et d'améliorer sa qualité de vie. 

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