L’automutilation : ce mal qui nourrit

Scarifications, brûlures, morsures, coups portés contre des parois rigides… Dès lors qu’une personne s’inflige volontairement une douleur physique, on parle d’automutilation. Un phénomène souvent associé aux adolescents, mais qui concerne en réalité tous les âges. Ces gestes traduisent une souffrance profonde, parfois liée à un trouble psychique, et peuvent, dans certains cas, conduire à des conséquences graves, jusqu’au passage à l’acte suicidaire.
Portrait d'une femme souriante aux cheveux longs et bouclés portant un haut et une robe rouges sur fond bleu clair, c'est la praticienne Aminata Yade.
Aminata Yade
11 May 2026
Temps de lecture:
Moins de 5 mins.
Photo libre de droit, origine Pexel.

Quand la souffrance cherche une issue

Tout le monde ne dispose pas des mêmes ressources pour affronter des émotions intenses ou surmonter certaines épreuves. Face à des difficultés perçues comme insurmontables, la pression émotionnelle peut s’accumuler et trouver une forme d’expression à travers des blessures infligées au corps. Ces gestes sont souvent pratiqués sur des zones faciles à dissimuler, comme les bras, l’aine ou l’intérieur des cuisses, afin de pouvoir les cacher sous les vêtements.

L’automutilation peut procurer un soulagement immédiat, mais celui-ci est éphémère : il ne fait pas disparaître la souffrance et peut installer un cercle vicieux dans lequel se blesser intentionnellement devient un refuge.

Facteurs et signes d’automutilation

Plusieurs facteurs sociaux et émotionnels peuvent favoriser l’apparition de ces comportements : exclusion, conflits à l’école ou au travail, intimidation, rejet, violences, stress, anxiété, épisodes de dépression ou traumatismes. Selon l’UNICEF, certains signes peuvent être associés à l’automutilation. Toutefois, leur présence ne signifie pas forcément qu’une personne se blesse volontairement : consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, excès d’activité physique malgré une blessure. Au-delà des marques visibles, un enfant ou un adolescent peut ressentir douleur, faiblesse, nausées ou étourdissements, ainsi que honte, confusion, peur ou isolement. Certains inventent des excuses pour leurs blessures ou transportent des objets coupants.

Automutilation et risque suicidaire

L’automutilation non suicidaire est un phénomène complexe. Elle ne traduit pas nécessairement une volonté de mettre fin à sa vie, mais elle augmente le risque de passage à l’acte suicidaire.

Selon PSSM France, 60 % des jeunes qui se sont automutilés ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. En outre, une forme d’auto-agression apparaît dans l’année qui précède un quart à un tiers des suicides.

Approche analytique et psychopathologique de l’automutilation

L’automutilation se manifeste le plus souvent dans l’intimité et peut être comprise comme l’expression d’un fantasme d’autodestruction ou d’un désir inconscient de se faire du mal, sur le plan physique, psychique ou symbolique. Le besoin de se porter atteinte peut être lié à des pensées auto-dévalorisantes ou à un sentiment de culpabilité compensé par l’auto-punition.

Ce comportement peut refléter une fragilité narcissique, c’est-à-dire une image de soi instable ou blessée, et révèle souvent une tentative de gérer une humiliation intérieure ou un sentiment d’inadéquation. Lorsque la violence extérieure est réorientée vers soi, elle crée une illusion de contrôle et permet ainsi de mieux gérer l’angoisse. La répétition du geste peut s’expliquer par une difficulté à réguler les émotions, qui conduit à reproduire le même mécanisme dès que la souffrance apparaît. Il s’agit d’une forme d’intériorisation d’une colère non exprimée jusqu’à devenir insupportable.

Paradoxalement, l’automutilation peut constituer un appel à l’aide, un moyen de communiquer une détresse difficile à verbaliser. Sur le plan psychopathologique, l’automutilation est souvent observée chez des personnes présentant certains troubles de la personnalité, notamment borderline, ou d’autres, dont le fonctionnement psychique ne permet plus de trouver un sens ou une issue à la souffrance.

Comment aider ? 

Toutes les personnes qui s’automutilent ne souhaitent pas forcément changer leur comportement et peuvent se sentir relativement à l’aise avec celui-ci. Il reste toutefois utile de s’informer sur le sujet et de favoriser une communication bienveillante lorsqu’un contact est établi. Il convient de ne pas forcer la personne à parler, de la laisser s’exprimer à son rythme, de ne pas juger et de rester calme. L’encourager à consulter un professionnel et proposer des alternatives pour apaiser la détresse peuvent être bénéfiques. Montrer régulièrement son attention permet également de soutenir concrètement.

La psychothérapie et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aident à développer des mécanismes d’adaptation plus sains et à mieux gérer les émotions négatives. Selon le contexte, un traitement médicamenteux peut compléter la prise en charge des troubles mentaux associés.

Risques et statistiques

Ces comportements, souvent méconnus, présentent des risques concrets : bagarres, comportements sexuels non protégés, consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, ainsi que d’autres conduites potentiellement dangereuses.

Selon la littérature scientifique, l’automutilation débute le plus souvent vers 12-13 ans, et environ 17 % de la population expérimenterait au moins une fois dans sa vie l’automutilation.

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Quand la souffrance cherche une issue

Tout le monde ne dispose pas des mêmes ressources pour affronter des émotions intenses ou surmonter certaines épreuves. Face à des difficultés perçues comme insurmontables, la pression émotionnelle peut s’accumuler et trouver une forme d’expression à travers des blessures infligées au corps. Ces gestes sont souvent pratiqués sur des zones faciles à dissimuler, comme les bras, l’aine ou l’intérieur des cuisses, afin de pouvoir les cacher sous les vêtements.

L’automutilation peut procurer un soulagement immédiat, mais celui-ci est éphémère : il ne fait pas disparaître la souffrance et peut installer un cercle vicieux dans lequel se blesser intentionnellement devient un refuge.

Facteurs et signes d’automutilation

Plusieurs facteurs sociaux et émotionnels peuvent favoriser l’apparition de ces comportements : exclusion, conflits à l’école ou au travail, intimidation, rejet, violences, stress, anxiété, épisodes de dépression ou traumatismes. Selon l’UNICEF, certains signes peuvent être associés à l’automutilation. Toutefois, leur présence ne signifie pas forcément qu’une personne se blesse volontairement : consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, excès d’activité physique malgré une blessure. Au-delà des marques visibles, un enfant ou un adolescent peut ressentir douleur, faiblesse, nausées ou étourdissements, ainsi que honte, confusion, peur ou isolement. Certains inventent des excuses pour leurs blessures ou transportent des objets coupants.

Automutilation et risque suicidaire

L’automutilation non suicidaire est un phénomène complexe. Elle ne traduit pas nécessairement une volonté de mettre fin à sa vie, mais elle augmente le risque de passage à l’acte suicidaire.

Selon PSSM France, 60 % des jeunes qui se sont automutilés ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. En outre, une forme d’auto-agression apparaît dans l’année qui précède un quart à un tiers des suicides.

Approche analytique et psychopathologique de l’automutilation

L’automutilation se manifeste le plus souvent dans l’intimité et peut être comprise comme l’expression d’un fantasme d’autodestruction ou d’un désir inconscient de se faire du mal, sur le plan physique, psychique ou symbolique. Le besoin de se porter atteinte peut être lié à des pensées auto-dévalorisantes ou à un sentiment de culpabilité compensé par l’auto-punition.

Ce comportement peut refléter une fragilité narcissique, c’est-à-dire une image de soi instable ou blessée, et révèle souvent une tentative de gérer une humiliation intérieure ou un sentiment d’inadéquation. Lorsque la violence extérieure est réorientée vers soi, elle crée une illusion de contrôle et permet ainsi de mieux gérer l’angoisse. La répétition du geste peut s’expliquer par une difficulté à réguler les émotions, qui conduit à reproduire le même mécanisme dès que la souffrance apparaît. Il s’agit d’une forme d’intériorisation d’une colère non exprimée jusqu’à devenir insupportable.

Paradoxalement, l’automutilation peut constituer un appel à l’aide, un moyen de communiquer une détresse difficile à verbaliser. Sur le plan psychopathologique, l’automutilation est souvent observée chez des personnes présentant certains troubles de la personnalité, notamment borderline, ou d’autres, dont le fonctionnement psychique ne permet plus de trouver un sens ou une issue à la souffrance.

Comment aider ? 

Toutes les personnes qui s’automutilent ne souhaitent pas forcément changer leur comportement et peuvent se sentir relativement à l’aise avec celui-ci. Il reste toutefois utile de s’informer sur le sujet et de favoriser une communication bienveillante lorsqu’un contact est établi. Il convient de ne pas forcer la personne à parler, de la laisser s’exprimer à son rythme, de ne pas juger et de rester calme. L’encourager à consulter un professionnel et proposer des alternatives pour apaiser la détresse peuvent être bénéfiques. Montrer régulièrement son attention permet également de soutenir concrètement.

La psychothérapie et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aident à développer des mécanismes d’adaptation plus sains et à mieux gérer les émotions négatives. Selon le contexte, un traitement médicamenteux peut compléter la prise en charge des troubles mentaux associés.

Risques et statistiques

Ces comportements, souvent méconnus, présentent des risques concrets : bagarres, comportements sexuels non protégés, consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, ainsi que d’autres conduites potentiellement dangereuses.

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L’automutilation peut procurer un soulagement immédiat, mais celui-ci est éphémère : il ne fait pas disparaître la souffrance et peut installer un cercle vicieux dans lequel se blesser intentionnellement devient un refuge.

Facteurs et signes d’automutilation

Plusieurs facteurs sociaux et émotionnels peuvent favoriser l’apparition de ces comportements : exclusion, conflits à l’école ou au travail, intimidation, rejet, violences, stress, anxiété, épisodes de dépression ou traumatismes. Selon l’UNICEF, certains signes peuvent être associés à l’automutilation. Toutefois, leur présence ne signifie pas forcément qu’une personne se blesse volontairement : consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, excès d’activité physique malgré une blessure. Au-delà des marques visibles, un enfant ou un adolescent peut ressentir douleur, faiblesse, nausées ou étourdissements, ainsi que honte, confusion, peur ou isolement. Certains inventent des excuses pour leurs blessures ou transportent des objets coupants.

Automutilation et risque suicidaire

L’automutilation non suicidaire est un phénomène complexe. Elle ne traduit pas nécessairement une volonté de mettre fin à sa vie, mais elle augmente le risque de passage à l’acte suicidaire.

Selon PSSM France, 60 % des jeunes qui se sont automutilés ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. En outre, une forme d’auto-agression apparaît dans l’année qui précède un quart à un tiers des suicides.

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L’automutilation se manifeste le plus souvent dans l’intimité et peut être comprise comme l’expression d’un fantasme d’autodestruction ou d’un désir inconscient de se faire du mal, sur le plan physique, psychique ou symbolique. Le besoin de se porter atteinte peut être lié à des pensées auto-dévalorisantes ou à un sentiment de culpabilité compensé par l’auto-punition.

Ce comportement peut refléter une fragilité narcissique, c’est-à-dire une image de soi instable ou blessée, et révèle souvent une tentative de gérer une humiliation intérieure ou un sentiment d’inadéquation. Lorsque la violence extérieure est réorientée vers soi, elle crée une illusion de contrôle et permet ainsi de mieux gérer l’angoisse. La répétition du geste peut s’expliquer par une difficulté à réguler les émotions, qui conduit à reproduire le même mécanisme dès que la souffrance apparaît. Il s’agit d’une forme d’intériorisation d’une colère non exprimée jusqu’à devenir insupportable.

Paradoxalement, l’automutilation peut constituer un appel à l’aide, un moyen de communiquer une détresse difficile à verbaliser. Sur le plan psychopathologique, l’automutilation est souvent observée chez des personnes présentant certains troubles de la personnalité, notamment borderline, ou d’autres, dont le fonctionnement psychique ne permet plus de trouver un sens ou une issue à la souffrance.

Comment aider ? 

Toutes les personnes qui s’automutilent ne souhaitent pas forcément changer leur comportement et peuvent se sentir relativement à l’aise avec celui-ci. Il reste toutefois utile de s’informer sur le sujet et de favoriser une communication bienveillante lorsqu’un contact est établi. Il convient de ne pas forcer la personne à parler, de la laisser s’exprimer à son rythme, de ne pas juger et de rester calme. L’encourager à consulter un professionnel et proposer des alternatives pour apaiser la détresse peuvent être bénéfiques. Montrer régulièrement son attention permet également de soutenir concrètement.

La psychothérapie et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aident à développer des mécanismes d’adaptation plus sains et à mieux gérer les émotions négatives. Selon le contexte, un traitement médicamenteux peut compléter la prise en charge des troubles mentaux associés.

Risques et statistiques

Ces comportements, souvent méconnus, présentent des risques concrets : bagarres, comportements sexuels non protégés, consommation excessive d’alcool ou de drogues, troubles alimentaires, ainsi que d’autres conduites potentiellement dangereuses.

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