
Aminata Yade
25 September 2026
•
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Moins de 5 mins.

J’ai écrit ce livre pour les mêmes motifs qui m’ont encouragé à créer du contenu, parce que, quand je parlais de santé mentale autour de moi, y compris par rapport à mon métier, j’entendais pas mal de clichés qui revenaient très souvent, notamment que :
La santé mentale, ce n’est pas pour nous ; c’est un truc pour les faibles… C’est un truc de Blanc…
Les personnes qui, par contre, sont sensibilisées à l’importance de la santé mentale et font l’effort d’entamer une démarche thérapeutique ou de s’orienter vers certains professionnels se retrouvent face à des personnes qui ne connaissent pas forcément les cultures afro-descendantes (parce qu’il n’y a pas qu’une culture). De ce fait, il y a tout un pan de l’histoire et de l’environnement de la personne qui est occulté et qui ne permet pas de bien comprendre ce que traverse la personne.
Vu l’immigration finalement récente de nos diasporas, il y a eu une coupure entre les nouvelles et les anciennes générations et, avec ça, un défaut de transmission.
Dans les cultures africaines, il y avait pourtant des thérapies : les gens se rassemblaient autour d’un arbre pour parler de tout et de santé mentale. La thérapie passait aussi par le corps, à travers des rites initiatiques ou la danse, des traditions. Si je prends l’exemple des Antilles, il y avait des carnavals qui faisaient office de thérapies.
Je pense que la première et la deuxième génération qui sont nées en Europe associent la santé mentale à Freud ou à d’autres psychanalystes et n’ont pas connaissance du fait que, bien avant eux, il existait déjà des thérapies dans leurs pays et leurs cultures.
Il faut des porteurs de voix dans les communautés afro-descendantes et des personnes influentes qui parlent de santé mentale.
On le voit depuis ces dernières années : des personnalités de la musique, du sport ou autre, qui ont un certain écho auprès de la jeunesse, parlent de plus en plus de l’importance de la santé mentale. Les créateurs de contenu, dont je fais partie, sont importants aussi, parce qu’on diffuse la parole. Mais dans les familles aussi, c’est important que les personnes parlent de ce tabou de la santé mentale et de la thérapie, connaissent l’histoire de la thérapie africaine pour déconstruire ces idées reçues.
Mon tout premier objectif est de briser le silence, ensuite de vulgariser et de sensibiliser. Vulgariser, parce que je veux que tout le monde, peu importe d’où il vient, puisse se reconnaître dans les discours sur la santé mentale.
Parler de santé mentale n’est pas réservé aux experts ni aux universitaires. Il faut que ce sujet sorte du microcosme académique pour qu’il soit accessible aux gens du quotidien.
C’est pour ça que je vulgarise mes propos, que j’utilise des mots simples dans mes contenus et dans mon livre, pour être proche des lecteurs ou des personnes qui me suivent. Et au niveau de la sensibilisation, mon but est de faire prendre conscience de la valeur de la thérapie individuelle et communautaire.
Il y a des traumatismes individuels et des traumatismes communautaires propres à une histoire partagée.
Cette histoire, qui peut être douloureuse, peut être transmise de génération en génération, et je pense que c’est par le moyen de la vulgarisation et de la sensibilisation qu’on peut réussir à casser le cycle transgénérationnel.
Quant aux livres, j’ai des idées. « Santé mentale noire, discussions autour d’un verre de bissap », pour moi, est une porte d’entrée. Il est généraliste, il couvre plusieurs sujets, notamment ceux qu’on peut retrouver dans la communauté afro, comme l’identité, le colorisme, des sujets sur les liens familiaux et d’autres encore. Il couvre plusieurs sujets, donc il ne peut pas non plus être exhaustif. Mais j’ai à terme l’idée de réaliser d’autres livres. Peut-être un livre plus pratique, orienté vers des exercices, des conseils, et d’autres livres plus spécifiques.

Quand j’ai commencé à créer des contenus, les personnes que je voyais et qui parlaient de santé mentale noire étaient très peu nombreuses, et aucun n’en parlait du point de vue d’un homme afro-descendant. Ça m’a donné envie d’ajouter ma touche, même si, évidemment, je m’adresse aussi aux femmes.
Je propose aujourd’hui le contenu sur lequel j’aurais aimé tomber. Je couvre ce qui, selon moi, manquait.
Au début, les gens ne comprenaient pas forcément où je voulais aller. Puis, au fur et à mesure, ils ont fini par comprendre. J’ai de plus en plus de retours d’hommes et de femmes. Ce qui m’a aussi étonné, c’est que je pensais vraiment ne toucher que des afro-descendants, mais il y a aujourd’hui des personnes issues d’autres cultures, qui sont totalement étrangères à l’Afrique, qui m’écrivent. Des professionnels aussi, comme des éducateurs ou des thérapeutes, qui ont envie de mieux appréhender et comprendre les problématiques que peuvent rencontrer les afro-descendants.
Certains me disent : “Ça fait du bien d’entendre un homme parler de la misogynoire, d’autres sujets tabous comme l’excision, les mariages imposés ou encore ce qu’on appelle la « black taxe ».”
Généralement, j’ai plus de retours positifs que de retours négatifs. Mais quand j’ai des retours négatifs, ça vient de personnes qui n’aiment pas que je parle de sujets tabous ou qui critiquent la forme de mon discours. Certains m’ont reproché de le simplifier ou de participer à la stigmatisation, alors que ce n’est pas ce que je fais.
Je pars du principe que, quand on aime une culture, on doit être capable de la critiquer.
Si on a un frère ou une sœur et qu’on le voit faire n’importe quoi, c’est normal de lui faire des reproches ou des critiques pour qu’il aille dans le bon sens. Ma démarche est la même. J’aime la diversité des cultures afro-descendantes et c’est aussi pour ça que je me permets de les critiquer, mais certaines personnes ne le comprennent pas. Quand je parle de la masculinité toxique, par exemple, ça ne plaît pas…
Oui, tout le temps. Je reçois souvent des appels à l’aide, des personnes qui me disent qu’elles n’en peuvent plus, mais je les oriente systématiquement vers des professionnels.
Je ne fais pas d’accompagnement thérapeutique, ma mission est de parler au public.
C’est un phénomène qu’on voit de plus en plus, d’ailleurs : des personnes qui se servent des plateformes comme exutoires pour raconter leurs malheurs ou leur mal-être. C’est le seul moyen, et je ne sais pas si c’est le meilleur, que ces personnes ont trouvé pour extérioriser leurs souffrances. Peut-être qu’elles n’ont personne autour d’elles ou qu’il y a d’autres raisons…
Mon conseil, c’est de leur rappeler qu’il y a des solutions : se tourner vers des professionnels et, pour ceux qui n’ont pas les moyens, il y a des dispositifs qui leur permettraient de bénéficier de séances gratuites. Après, en ce qui concerne le moment présent, il faudrait penser à ce qui leur fait du bien ; ça peut passer par le journaling, écrire ses pensées sur papier, la méditation de pleine conscience ou d’autres méthodes comme l’EFT. Il y en a plein.
C’est venu d’une personne qui, un jour, m’a dit qu’elle se sentait mal, et je me suis dit que j’allais créer des ateliers, des conférences ou des groupes de parole. Je tiens à préciser que, même si ça peut faire du bien, ça ne remplace pas un accompagnement avec un professionnel. L’intérêt de ces événements est d’ouvrir une discussion et de nouer des liens.
Au-delà de ça, ces événements permettent de rappeler que les participants ne sont pas seuls dans leurs souffrances, que d’autres personnes vivent des situations similaires, et rien que de le savoir, ça a un effet thérapeutique non négligeable.
Parfois, je m’oublie, mais j’essaye de plus en plus de faire des pauses, de prendre du temps pour moi, de sortir sans téléphone et de marcher. Marcher sans objectif, juste pour laisser divaguer mes pensées, ça marche sur moi. Je vais aussi à des expositions, je lis, je vois des amis quand je le peux ou je reste seul, et ça me fait beaucoup de bien. Ce sas de décompression, c’est un moyen d’entretenir ma santé mentale.
Je vais parler de tout ça, de ce qui peut nous aider à trouver ce qui nous fait du bien, à l’occasion des deux prochains événements que j’organise.
Le thème du premier, qui aura lieu au restaurant Diasporas à Paris, est « Comment le travail nous épuise ? », et le second, prévu à la Porte de la Villette, sera consacré à la santé mentale des entrepreneurs.
Pour aller plus loin : Santé Mentale Noire - Madou Soumare, infirmier psy

J’ai écrit ce livre pour les mêmes motifs qui m’ont encouragé à créer du contenu, parce que, quand je parlais de santé mentale autour de moi, y compris par rapport à mon métier, j’entendais pas mal de clichés qui revenaient très souvent, notamment que :
La santé mentale, ce n’est pas pour nous ; c’est un truc pour les faibles… C’est un truc de Blanc…
Les personnes qui, par contre, sont sensibilisées à l’importance de la santé mentale et font l’effort d’entamer une démarche thérapeutique ou de s’orienter vers certains professionnels se retrouvent face à des personnes qui ne connaissent pas forcément les cultures afro-descendantes (parce qu’il n’y a pas qu’une culture). De ce fait, il y a tout un pan de l’histoire et de l’environnement de la personne qui est occulté et qui ne permet pas de bien comprendre ce que traverse la personne.
Vu l’immigration finalement récente de nos diasporas, il y a eu une coupure entre les nouvelles et les anciennes générations et, avec ça, un défaut de transmission.
Dans les cultures africaines, il y avait pourtant des thérapies : les gens se rassemblaient autour d’un arbre pour parler de tout et de santé mentale. La thérapie passait aussi par le corps, à travers des rites initiatiques ou la danse, des traditions. Si je prends l’exemple des Antilles, il y avait des carnavals qui faisaient office de thérapies.
Je pense que la première et la deuxième génération qui sont nées en Europe associent la santé mentale à Freud ou à d’autres psychanalystes et n’ont pas connaissance du fait que, bien avant eux, il existait déjà des thérapies dans leurs pays et leurs cultures.
Il faut des porteurs de voix dans les communautés afro-descendantes et des personnes influentes qui parlent de santé mentale.
On le voit depuis ces dernières années : des personnalités de la musique, du sport ou autre, qui ont un certain écho auprès de la jeunesse, parlent de plus en plus de l’importance de la santé mentale. Les créateurs de contenu, dont je fais partie, sont importants aussi, parce qu’on diffuse la parole. Mais dans les familles aussi, c’est important que les personnes parlent de ce tabou de la santé mentale et de la thérapie, connaissent l’histoire de la thérapie africaine pour déconstruire ces idées reçues.
Mon tout premier objectif est de briser le silence, ensuite de vulgariser et de sensibiliser. Vulgariser, parce que je veux que tout le monde, peu importe d’où il vient, puisse se reconnaître dans les discours sur la santé mentale.
Parler de santé mentale n’est pas réservé aux experts ni aux universitaires. Il faut que ce sujet sorte du microcosme académique pour qu’il soit accessible aux gens du quotidien.
C’est pour ça que je vulgarise mes propos, que j’utilise des mots simples dans mes contenus et dans mon livre, pour être proche des lecteurs ou des personnes qui me suivent. Et au niveau de la sensibilisation, mon but est de faire prendre conscience de la valeur de la thérapie individuelle et communautaire.
Il y a des traumatismes individuels et des traumatismes communautaires propres à une histoire partagée.
Cette histoire, qui peut être douloureuse, peut être transmise de génération en génération, et je pense que c’est par le moyen de la vulgarisation et de la sensibilisation qu’on peut réussir à casser le cycle transgénérationnel.
Quant aux livres, j’ai des idées. « Santé mentale noire, discussions autour d’un verre de bissap », pour moi, est une porte d’entrée. Il est généraliste, il couvre plusieurs sujets, notamment ceux qu’on peut retrouver dans la communauté afro, comme l’identité, le colorisme, des sujets sur les liens familiaux et d’autres encore. Il couvre plusieurs sujets, donc il ne peut pas non plus être exhaustif. Mais j’ai à terme l’idée de réaliser d’autres livres. Peut-être un livre plus pratique, orienté vers des exercices, des conseils, et d’autres livres plus spécifiques.

Quand j’ai commencé à créer des contenus, les personnes que je voyais et qui parlaient de santé mentale noire étaient très peu nombreuses, et aucun n’en parlait du point de vue d’un homme afro-descendant. Ça m’a donné envie d’ajouter ma touche, même si, évidemment, je m’adresse aussi aux femmes.
Je propose aujourd’hui le contenu sur lequel j’aurais aimé tomber. Je couvre ce qui, selon moi, manquait.
Au début, les gens ne comprenaient pas forcément où je voulais aller. Puis, au fur et à mesure, ils ont fini par comprendre. J’ai de plus en plus de retours d’hommes et de femmes. Ce qui m’a aussi étonné, c’est que je pensais vraiment ne toucher que des afro-descendants, mais il y a aujourd’hui des personnes issues d’autres cultures, qui sont totalement étrangères à l’Afrique, qui m’écrivent. Des professionnels aussi, comme des éducateurs ou des thérapeutes, qui ont envie de mieux appréhender et comprendre les problématiques que peuvent rencontrer les afro-descendants.
Certains me disent : “Ça fait du bien d’entendre un homme parler de la misogynoire, d’autres sujets tabous comme l’excision, les mariages imposés ou encore ce qu’on appelle la « black taxe ».”
Généralement, j’ai plus de retours positifs que de retours négatifs. Mais quand j’ai des retours négatifs, ça vient de personnes qui n’aiment pas que je parle de sujets tabous ou qui critiquent la forme de mon discours. Certains m’ont reproché de le simplifier ou de participer à la stigmatisation, alors que ce n’est pas ce que je fais.
Je pars du principe que, quand on aime une culture, on doit être capable de la critiquer.
Si on a un frère ou une sœur et qu’on le voit faire n’importe quoi, c’est normal de lui faire des reproches ou des critiques pour qu’il aille dans le bon sens. Ma démarche est la même. J’aime la diversité des cultures afro-descendantes et c’est aussi pour ça que je me permets de les critiquer, mais certaines personnes ne le comprennent pas. Quand je parle de la masculinité toxique, par exemple, ça ne plaît pas…
Oui, tout le temps. Je reçois souvent des appels à l’aide, des personnes qui me disent qu’elles n’en peuvent plus, mais je les oriente systématiquement vers des professionnels.
Je ne fais pas d’accompagnement thérapeutique, ma mission est de parler au public.
C’est un phénomène qu’on voit de plus en plus, d’ailleurs : des personnes qui se servent des plateformes comme exutoires pour raconter leurs malheurs ou leur mal-être. C’est le seul moyen, et je ne sais pas si c’est le meilleur, que ces personnes ont trouvé pour extérioriser leurs souffrances. Peut-être qu’elles n’ont personne autour d’elles ou qu’il y a d’autres raisons…
Mon conseil, c’est de leur rappeler qu’il y a des solutions : se tourner vers des professionnels et, pour ceux qui n’ont pas les moyens, il y a des dispositifs qui leur permettraient de bénéficier de séances gratuites. Après, en ce qui concerne le moment présent, il faudrait penser à ce qui leur fait du bien ; ça peut passer par le journaling, écrire ses pensées sur papier, la méditation de pleine conscience ou d’autres méthodes comme l’EFT. Il y en a plein.
C’est venu d’une personne qui, un jour, m’a dit qu’elle se sentait mal, et je me suis dit que j’allais créer des ateliers, des conférences ou des groupes de parole. Je tiens à préciser que, même si ça peut faire du bien, ça ne remplace pas un accompagnement avec un professionnel. L’intérêt de ces événements est d’ouvrir une discussion et de nouer des liens.
Au-delà de ça, ces événements permettent de rappeler que les participants ne sont pas seuls dans leurs souffrances, que d’autres personnes vivent des situations similaires, et rien que de le savoir, ça a un effet thérapeutique non négligeable.
Parfois, je m’oublie, mais j’essaye de plus en plus de faire des pauses, de prendre du temps pour moi, de sortir sans téléphone et de marcher. Marcher sans objectif, juste pour laisser divaguer mes pensées, ça marche sur moi. Je vais aussi à des expositions, je lis, je vois des amis quand je le peux ou je reste seul, et ça me fait beaucoup de bien. Ce sas de décompression, c’est un moyen d’entretenir ma santé mentale.
Je vais parler de tout ça, de ce qui peut nous aider à trouver ce qui nous fait du bien, à l’occasion des deux prochains événements que j’organise.
Le thème du premier, qui aura lieu au restaurant Diasporas à Paris, est « Comment le travail nous épuise ? », et le second, prévu à la Porte de la Villette, sera consacré à la santé mentale des entrepreneurs.
Pour aller plus loin : Santé Mentale Noire - Madou Soumare, infirmier psy
J’ai écrit ce livre pour les mêmes motifs qui m’ont encouragé à créer du contenu, parce que, quand je parlais de santé mentale autour de moi, y compris par rapport à mon métier, j’entendais pas mal de clichés qui revenaient très souvent, notamment que :
La santé mentale, ce n’est pas pour nous ; c’est un truc pour les faibles… C’est un truc de Blanc…
Les personnes qui, par contre, sont sensibilisées à l’importance de la santé mentale et font l’effort d’entamer une démarche thérapeutique ou de s’orienter vers certains professionnels se retrouvent face à des personnes qui ne connaissent pas forcément les cultures afro-descendantes (parce qu’il n’y a pas qu’une culture). De ce fait, il y a tout un pan de l’histoire et de l’environnement de la personne qui est occulté et qui ne permet pas de bien comprendre ce que traverse la personne.
Vu l’immigration finalement récente de nos diasporas, il y a eu une coupure entre les nouvelles et les anciennes générations et, avec ça, un défaut de transmission.
Dans les cultures africaines, il y avait pourtant des thérapies : les gens se rassemblaient autour d’un arbre pour parler de tout et de santé mentale. La thérapie passait aussi par le corps, à travers des rites initiatiques ou la danse, des traditions. Si je prends l’exemple des Antilles, il y avait des carnavals qui faisaient office de thérapies.
Je pense que la première et la deuxième génération qui sont nées en Europe associent la santé mentale à Freud ou à d’autres psychanalystes et n’ont pas connaissance du fait que, bien avant eux, il existait déjà des thérapies dans leurs pays et leurs cultures.
Il faut des porteurs de voix dans les communautés afro-descendantes et des personnes influentes qui parlent de santé mentale.
On le voit depuis ces dernières années : des personnalités de la musique, du sport ou autre, qui ont un certain écho auprès de la jeunesse, parlent de plus en plus de l’importance de la santé mentale. Les créateurs de contenu, dont je fais partie, sont importants aussi, parce qu’on diffuse la parole. Mais dans les familles aussi, c’est important que les personnes parlent de ce tabou de la santé mentale et de la thérapie, connaissent l’histoire de la thérapie africaine pour déconstruire ces idées reçues.
Mon tout premier objectif est de briser le silence, ensuite de vulgariser et de sensibiliser. Vulgariser, parce que je veux que tout le monde, peu importe d’où il vient, puisse se reconnaître dans les discours sur la santé mentale.
Parler de santé mentale n’est pas réservé aux experts ni aux universitaires. Il faut que ce sujet sorte du microcosme académique pour qu’il soit accessible aux gens du quotidien.
C’est pour ça que je vulgarise mes propos, que j’utilise des mots simples dans mes contenus et dans mon livre, pour être proche des lecteurs ou des personnes qui me suivent. Et au niveau de la sensibilisation, mon but est de faire prendre conscience de la valeur de la thérapie individuelle et communautaire.
Il y a des traumatismes individuels et des traumatismes communautaires propres à une histoire partagée.
Cette histoire, qui peut être douloureuse, peut être transmise de génération en génération, et je pense que c’est par le moyen de la vulgarisation et de la sensibilisation qu’on peut réussir à casser le cycle transgénérationnel.
Quant aux livres, j’ai des idées. « Santé mentale noire, discussions autour d’un verre de bissap », pour moi, est une porte d’entrée. Il est généraliste, il couvre plusieurs sujets, notamment ceux qu’on peut retrouver dans la communauté afro, comme l’identité, le colorisme, des sujets sur les liens familiaux et d’autres encore. Il couvre plusieurs sujets, donc il ne peut pas non plus être exhaustif. Mais j’ai à terme l’idée de réaliser d’autres livres. Peut-être un livre plus pratique, orienté vers des exercices, des conseils, et d’autres livres plus spécifiques.

Quand j’ai commencé à créer des contenus, les personnes que je voyais et qui parlaient de santé mentale noire étaient très peu nombreuses, et aucun n’en parlait du point de vue d’un homme afro-descendant. Ça m’a donné envie d’ajouter ma touche, même si, évidemment, je m’adresse aussi aux femmes.
Je propose aujourd’hui le contenu sur lequel j’aurais aimé tomber. Je couvre ce qui, selon moi, manquait.
Au début, les gens ne comprenaient pas forcément où je voulais aller. Puis, au fur et à mesure, ils ont fini par comprendre. J’ai de plus en plus de retours d’hommes et de femmes. Ce qui m’a aussi étonné, c’est que je pensais vraiment ne toucher que des afro-descendants, mais il y a aujourd’hui des personnes issues d’autres cultures, qui sont totalement étrangères à l’Afrique, qui m’écrivent. Des professionnels aussi, comme des éducateurs ou des thérapeutes, qui ont envie de mieux appréhender et comprendre les problématiques que peuvent rencontrer les afro-descendants.
Certains me disent : “Ça fait du bien d’entendre un homme parler de la misogynoire, d’autres sujets tabous comme l’excision, les mariages imposés ou encore ce qu’on appelle la « black taxe ».”
Généralement, j’ai plus de retours positifs que de retours négatifs. Mais quand j’ai des retours négatifs, ça vient de personnes qui n’aiment pas que je parle de sujets tabous ou qui critiquent la forme de mon discours. Certains m’ont reproché de le simplifier ou de participer à la stigmatisation, alors que ce n’est pas ce que je fais.
Je pars du principe que, quand on aime une culture, on doit être capable de la critiquer.
Si on a un frère ou une sœur et qu’on le voit faire n’importe quoi, c’est normal de lui faire des reproches ou des critiques pour qu’il aille dans le bon sens. Ma démarche est la même. J’aime la diversité des cultures afro-descendantes et c’est aussi pour ça que je me permets de les critiquer, mais certaines personnes ne le comprennent pas. Quand je parle de la masculinité toxique, par exemple, ça ne plaît pas…
Oui, tout le temps. Je reçois souvent des appels à l’aide, des personnes qui me disent qu’elles n’en peuvent plus, mais je les oriente systématiquement vers des professionnels.
Je ne fais pas d’accompagnement thérapeutique, ma mission est de parler au public.
C’est un phénomène qu’on voit de plus en plus, d’ailleurs : des personnes qui se servent des plateformes comme exutoires pour raconter leurs malheurs ou leur mal-être. C’est le seul moyen, et je ne sais pas si c’est le meilleur, que ces personnes ont trouvé pour extérioriser leurs souffrances. Peut-être qu’elles n’ont personne autour d’elles ou qu’il y a d’autres raisons…
Mon conseil, c’est de leur rappeler qu’il y a des solutions : se tourner vers des professionnels et, pour ceux qui n’ont pas les moyens, il y a des dispositifs qui leur permettraient de bénéficier de séances gratuites. Après, en ce qui concerne le moment présent, il faudrait penser à ce qui leur fait du bien ; ça peut passer par le journaling, écrire ses pensées sur papier, la méditation de pleine conscience ou d’autres méthodes comme l’EFT. Il y en a plein.
C’est venu d’une personne qui, un jour, m’a dit qu’elle se sentait mal, et je me suis dit que j’allais créer des ateliers, des conférences ou des groupes de parole. Je tiens à préciser que, même si ça peut faire du bien, ça ne remplace pas un accompagnement avec un professionnel. L’intérêt de ces événements est d’ouvrir une discussion et de nouer des liens.
Au-delà de ça, ces événements permettent de rappeler que les participants ne sont pas seuls dans leurs souffrances, que d’autres personnes vivent des situations similaires, et rien que de le savoir, ça a un effet thérapeutique non négligeable.
Parfois, je m’oublie, mais j’essaye de plus en plus de faire des pauses, de prendre du temps pour moi, de sortir sans téléphone et de marcher. Marcher sans objectif, juste pour laisser divaguer mes pensées, ça marche sur moi. Je vais aussi à des expositions, je lis, je vois des amis quand je le peux ou je reste seul, et ça me fait beaucoup de bien. Ce sas de décompression, c’est un moyen d’entretenir ma santé mentale.
Je vais parler de tout ça, de ce qui peut nous aider à trouver ce qui nous fait du bien, à l’occasion des deux prochains événements que j’organise.
Le thème du premier, qui aura lieu au restaurant Diasporas à Paris, est « Comment le travail nous épuise ? », et le second, prévu à la Porte de la Villette, sera consacré à la santé mentale des entrepreneurs.
Pour aller plus loin : Santé Mentale Noire - Madou Soumare, infirmier psy