
Aminata Yade
01 July 2026
•
Temps de lecture:
Moins de 5 mins

Mon cancer traînait depuis longtemps. Dès 2022, je ressentais une fatigue persistante : même après une nuit complète, j’étais épuisée. Quand je consultais, on me renvoyait à ma situation de mère célibataire de quatre enfants. On me disait de ralentir. Pourtant, malgré le repos et une alimentation saine, je sentais que quelque chose n’allait pas. En septembre 2024, de fortes douleurs sont apparues, et quelques semaines plus tard, j’ai reçu le diagnostic.
Avec le temps, d’autres symptômes sont apparus : démangeaisons aux membres et sueurs nocturnes, au point de devoir changer les draps. J’ai longtemps pensé que c’était hormonal.
Heureusement que j’étais bien entourée au début du traitement. Une de mes sœurs m’hébergeait pour que ma mère puisse prendre soin de moi, tandis que l’autre s’occupait de mes enfants comme si elle était leur maman. Mon compagnon avait lui aussi adapté son emploi du temps. Après quelques mois, j’ai pu rentrer auprès d’eux : même entourés, mes enfants avaient besoin de leur maman.
Je me suis présentée aux urgences, incapable de respirer correctement. Au départ, ils ont pensé à un problème de vésicule biliaire et m’ont orientée vers une chirurgienne pour une ablation. Elle a été la seule à me prendre au sérieux, mais elle s’inquiétait à l’idée de m’opérer. Après avoir consulté mes analyses de sang, elle a appelé la gastro-entérologue de service… qui a refusé de me prendre.
Un membre du personnel m’a interrogée sur mes origines, puis m’a renvoyée chez le gynécologue : selon cette dame, les Maghrébines auraient des règles plus abondantes. C’était absurde : je n’avais pas mes règles, je venais d’accoucher.
Après cela, je suis allée ailleurs. Mais là encore, certains médecins ont insinué que je faisais semblant. Je me suis sentie incomprise et j’ai fondu en larmes. Je n’étais pas venue à 4 h du matin pour le plaisir, j’avais vraiment mal. Heureusement, ma chirurgienne a contacté un spécialiste dans une autre ville pour effectuer des prélèvements.
J’avais des doutes sur la manière dont mes symptômes seraient interprétés.
J’ai rassemblé mes analyses de sang, listé tous mes symptômes et j’ai demandé à ChatGPT quel pouvait être le diagnostic le plus probable. Il m’a présenté deux possibilités : le lupus et la maladie de Hodgkin.
Le lendemain, j’ai appelé l’hôpital pour voir un hématologue, mais je n’ai pas obtenu de rendez-vous. J’ai alors contacté un hôpital à Paris et demandé à une secrétaire de montrer mes résultats à un spécialiste. Elle a d’abord refusé, mais après que j’ai insisté, elle a finalement accepté. Cinq minutes plus tard, j’étais rappelée : je devais me rendre en urgence pour faire des analyses supplémentaires avant d’obtenir le diagnostic.
Après ma dernière grossesse, j’avais prévu de faire une abdominoplastie à Mulhouse. Lors de la consultation, j’ai passé une échographie et, à la réception des résultats, la praticienne m’a demandé un scanner en urgence. J’étais étonnée parce qu’aux urgences, j’avais déjà passé ce type d’examen, mais personne ne s’en était inquiété.
J’avais des ganglions partout… c’était une catastrophe.
Après les examens, j’ai commencé mon suivi à Paris et tout s’est accéléré : mon cancer était au stade 4 et affectait tout mon système lymphatique, avec des atteintes au foie, aux os et aux poumons. Le 4 novembre, j’ai entamé la chimiothérapie. J’ai choisi de rester à Paris, où la différence avec mon hôpital local était frappante : il y avait de l’humanité, de la politesse et des sourires.
Si l’on est mal considéré, on ne peut pas mobiliser ses forces pour affronter un traitement lourd et guérir. Dans une épreuve pareille, il faut être dans un environnement sain.
Ce qui a été le plus difficile, c’était de penser à moi et de prioriser mon bien-être. Avec du recul, je ne regrette pas mon choix : il fallait que je sois bien dans ma tête pour affronter tout cela.
J’étais soulagée d’avoir enfin une réponse et qu’il soit encore possible d’agir. Mais j’étais aussi dans un état étrange. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’était mes enfants.
J’ai commencé à calculer les âges pour voir combien d’années je devais vivre pour pouvoir m’occuper d’eux, car ils étaient encore petits.
Concernant mes proches, je n’ai jamais eu de tabou avec eux. Ils voyaient bien que quelque chose n’allait pas. Pour l’annoncer à mon père, j’ai préféré attendre d’être au restaurant. Il a pleuré, mais je lui ai rappelé de rester positif : certaines personnes n’ont pas de traitement, moi j’en avais un, donc je gardais l’espoir.
Je ne pouvais plus exercer mon métier d’enseignante : j’avais tellement mal au ventre que je me recroquevillais, parfois je mettais mes jambes sur le bureau. Je ne tenais ni debout ni assise. À ma grande surprise, une prise de sang a montré que j’étais enceinte… avec d’autres anomalies inquiétantes. Le mot « cancer » m’a traversé l’esprit, mais je n’osais en parler à personne.
Quelques mois plus tard, j’ai donné naissance à mon cinquième enfant. J’étais épuisée, je ne pouvais m’occuper que de lui. Je ne pouvais rien faire d’autre : pas cuisiner, pas faire le ménage, pas travailler, pas même réfléchir ou me souvenir de quoi que ce soit.
Outre la peur de mourir, c’est difficile pour une femme de voir son corps et son visage changer : j’avais perdu 20 kg et savais que je perdrais mes cheveux. Mon compagnon m’a beaucoup aidée : il plaisantait avec moi et son regard n’a jamais changé. Même sans aucun cil ni sourcil, il me complimentait. En plus, il s’est occupé de notre bébé et de mes autres enfants comme s’ils étaient les siens. Tout cela a beaucoup renforcé notre couple, et nous nous sommes mariés en novembre 2025.
Tout s’est joué en moins d’un an, de novembre 2024 à mai 2025. Le jour de ma rémission, mon divorce a été prononcé : ça a été un double soulagement. Aujourd’hui, je retiens qu’on ne peut pas rester constamment anxieux et que la santé mentale et la santé physique sont intimement liées. J’aimerais aider des personnes avec justesse, sans promesses, mais avec des outils efficaces comme la TCC.
Je voudrais apporter de la lumière dans l’obscurité et contribuer à redonner de l’espoir.
Ma foi a joué un rôle central. Elle m’a permis de déposer le poids de la maladie sur quelque chose de plus grand que moi et de relativiser ma peur de mourir et de laisser mes enfants. Je me suis rappelée que ma mission était d’être là pour eux, le temps nécessaire, car ils ne m’appartiennent pas. Être entourée et lire sur le lâcher-prise m’a aussi beaucoup aidée.
J’ai pu parler à une personne de mon quartier qui avait traversé la même épreuve. Il avait eu ce cancer à 17 ou 18 ans, à une époque où les traitements étaient encore nouveaux et la maladie moins connue. Il m’a donné des conseils, notamment sur le fait que les changements d’humeur sont normaux. Cela m’a aidée à préparer ma famille à ce qui allait arriver.
Pendant mon traitement, je n’arrivais plus à dormir et je passais mes nuits à cogiter sur des blessures non résolues. J’ai commencé à écrire, et après ma rémission, j’ai décidé d’en faire un livre pour que d’autres puissent s’y reconnaître et que cela laisse une trace.
Mon livre s’intitule « Refuser l’effacement », car il résume ma vie.
C’est une manière de refuser de disparaître, d’affirmer mon envie de vivre et de rappeler que, même si penser aux autres est important, il ne faut jamais oublier de penser à soi.
Ce que j’ai vécu reste traumatisant, même si j’ai fait tout ce que je pouvais pour le traverser au mieux.
J’ai du mal à dire que je suis guérie, car dès que j’ai des courbatures ou que je ressens de la fatigue, j’ai peur que le cancer revienne.
J’essaie de profiter de chaque instant comme s’il s’agissait d’un cadeau.
Je leur dirais de s’écouter et de s’entourer de personnes bienveillantes : l’environnement compte énormément, qu’il soit personnel ou médical. Face à une maladie lourde, il est important de se sentir à l’aise avec son entourage et de se rappeler qu’il ne faut pas laisser la maladie prendre toute la place dans sa vie.
Mon frère, par exemple, est mort dans un accident de voiture, alors qu’il n’était pas malade. On passera tous par la mort, jeunes ou moins jeunes.
Peut-être que la maladie vient pour nous révéler certaines choses sur nous-mêmes… c’est pour ça qu’il faut toujours garder espoir.
*Ce récit a été partagé et publié avec l’accord de la personne concernée.

Mon cancer traînait depuis longtemps. Dès 2022, je ressentais une fatigue persistante : même après une nuit complète, j’étais épuisée. Quand je consultais, on me renvoyait à ma situation de mère célibataire de quatre enfants. On me disait de ralentir. Pourtant, malgré le repos et une alimentation saine, je sentais que quelque chose n’allait pas. En septembre 2024, de fortes douleurs sont apparues, et quelques semaines plus tard, j’ai reçu le diagnostic.
Avec le temps, d’autres symptômes sont apparus : démangeaisons aux membres et sueurs nocturnes, au point de devoir changer les draps. J’ai longtemps pensé que c’était hormonal.
Heureusement que j’étais bien entourée au début du traitement. Une de mes sœurs m’hébergeait pour que ma mère puisse prendre soin de moi, tandis que l’autre s’occupait de mes enfants comme si elle était leur maman. Mon compagnon avait lui aussi adapté son emploi du temps. Après quelques mois, j’ai pu rentrer auprès d’eux : même entourés, mes enfants avaient besoin de leur maman.
Je me suis présentée aux urgences, incapable de respirer correctement. Au départ, ils ont pensé à un problème de vésicule biliaire et m’ont orientée vers une chirurgienne pour une ablation. Elle a été la seule à me prendre au sérieux, mais elle s’inquiétait à l’idée de m’opérer. Après avoir consulté mes analyses de sang, elle a appelé la gastro-entérologue de service… qui a refusé de me prendre.
Un membre du personnel m’a interrogée sur mes origines, puis m’a renvoyée chez le gynécologue : selon cette dame, les Maghrébines auraient des règles plus abondantes. C’était absurde : je n’avais pas mes règles, je venais d’accoucher.
Après cela, je suis allée ailleurs. Mais là encore, certains médecins ont insinué que je faisais semblant. Je me suis sentie incomprise et j’ai fondu en larmes. Je n’étais pas venue à 4 h du matin pour le plaisir, j’avais vraiment mal. Heureusement, ma chirurgienne a contacté un spécialiste dans une autre ville pour effectuer des prélèvements.
J’avais des doutes sur la manière dont mes symptômes seraient interprétés.
J’ai rassemblé mes analyses de sang, listé tous mes symptômes et j’ai demandé à ChatGPT quel pouvait être le diagnostic le plus probable. Il m’a présenté deux possibilités : le lupus et la maladie de Hodgkin.
Le lendemain, j’ai appelé l’hôpital pour voir un hématologue, mais je n’ai pas obtenu de rendez-vous. J’ai alors contacté un hôpital à Paris et demandé à une secrétaire de montrer mes résultats à un spécialiste. Elle a d’abord refusé, mais après que j’ai insisté, elle a finalement accepté. Cinq minutes plus tard, j’étais rappelée : je devais me rendre en urgence pour faire des analyses supplémentaires avant d’obtenir le diagnostic.
Après ma dernière grossesse, j’avais prévu de faire une abdominoplastie à Mulhouse. Lors de la consultation, j’ai passé une échographie et, à la réception des résultats, la praticienne m’a demandé un scanner en urgence. J’étais étonnée parce qu’aux urgences, j’avais déjà passé ce type d’examen, mais personne ne s’en était inquiété.
J’avais des ganglions partout… c’était une catastrophe.
Après les examens, j’ai commencé mon suivi à Paris et tout s’est accéléré : mon cancer était au stade 4 et affectait tout mon système lymphatique, avec des atteintes au foie, aux os et aux poumons. Le 4 novembre, j’ai entamé la chimiothérapie. J’ai choisi de rester à Paris, où la différence avec mon hôpital local était frappante : il y avait de l’humanité, de la politesse et des sourires.
Si l’on est mal considéré, on ne peut pas mobiliser ses forces pour affronter un traitement lourd et guérir. Dans une épreuve pareille, il faut être dans un environnement sain.
Ce qui a été le plus difficile, c’était de penser à moi et de prioriser mon bien-être. Avec du recul, je ne regrette pas mon choix : il fallait que je sois bien dans ma tête pour affronter tout cela.
J’étais soulagée d’avoir enfin une réponse et qu’il soit encore possible d’agir. Mais j’étais aussi dans un état étrange. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’était mes enfants.
J’ai commencé à calculer les âges pour voir combien d’années je devais vivre pour pouvoir m’occuper d’eux, car ils étaient encore petits.
Concernant mes proches, je n’ai jamais eu de tabou avec eux. Ils voyaient bien que quelque chose n’allait pas. Pour l’annoncer à mon père, j’ai préféré attendre d’être au restaurant. Il a pleuré, mais je lui ai rappelé de rester positif : certaines personnes n’ont pas de traitement, moi j’en avais un, donc je gardais l’espoir.
Je ne pouvais plus exercer mon métier d’enseignante : j’avais tellement mal au ventre que je me recroquevillais, parfois je mettais mes jambes sur le bureau. Je ne tenais ni debout ni assise. À ma grande surprise, une prise de sang a montré que j’étais enceinte… avec d’autres anomalies inquiétantes. Le mot « cancer » m’a traversé l’esprit, mais je n’osais en parler à personne.
Quelques mois plus tard, j’ai donné naissance à mon cinquième enfant. J’étais épuisée, je ne pouvais m’occuper que de lui. Je ne pouvais rien faire d’autre : pas cuisiner, pas faire le ménage, pas travailler, pas même réfléchir ou me souvenir de quoi que ce soit.
Outre la peur de mourir, c’est difficile pour une femme de voir son corps et son visage changer : j’avais perdu 20 kg et savais que je perdrais mes cheveux. Mon compagnon m’a beaucoup aidée : il plaisantait avec moi et son regard n’a jamais changé. Même sans aucun cil ni sourcil, il me complimentait. En plus, il s’est occupé de notre bébé et de mes autres enfants comme s’ils étaient les siens. Tout cela a beaucoup renforcé notre couple, et nous nous sommes mariés en novembre 2025.
Tout s’est joué en moins d’un an, de novembre 2024 à mai 2025. Le jour de ma rémission, mon divorce a été prononcé : ça a été un double soulagement. Aujourd’hui, je retiens qu’on ne peut pas rester constamment anxieux et que la santé mentale et la santé physique sont intimement liées. J’aimerais aider des personnes avec justesse, sans promesses, mais avec des outils efficaces comme la TCC.
Je voudrais apporter de la lumière dans l’obscurité et contribuer à redonner de l’espoir.
Ma foi a joué un rôle central. Elle m’a permis de déposer le poids de la maladie sur quelque chose de plus grand que moi et de relativiser ma peur de mourir et de laisser mes enfants. Je me suis rappelée que ma mission était d’être là pour eux, le temps nécessaire, car ils ne m’appartiennent pas. Être entourée et lire sur le lâcher-prise m’a aussi beaucoup aidée.
J’ai pu parler à une personne de mon quartier qui avait traversé la même épreuve. Il avait eu ce cancer à 17 ou 18 ans, à une époque où les traitements étaient encore nouveaux et la maladie moins connue. Il m’a donné des conseils, notamment sur le fait que les changements d’humeur sont normaux. Cela m’a aidée à préparer ma famille à ce qui allait arriver.
Pendant mon traitement, je n’arrivais plus à dormir et je passais mes nuits à cogiter sur des blessures non résolues. J’ai commencé à écrire, et après ma rémission, j’ai décidé d’en faire un livre pour que d’autres puissent s’y reconnaître et que cela laisse une trace.
Mon livre s’intitule « Refuser l’effacement », car il résume ma vie.
C’est une manière de refuser de disparaître, d’affirmer mon envie de vivre et de rappeler que, même si penser aux autres est important, il ne faut jamais oublier de penser à soi.
Ce que j’ai vécu reste traumatisant, même si j’ai fait tout ce que je pouvais pour le traverser au mieux.
J’ai du mal à dire que je suis guérie, car dès que j’ai des courbatures ou que je ressens de la fatigue, j’ai peur que le cancer revienne.
J’essaie de profiter de chaque instant comme s’il s’agissait d’un cadeau.
Je leur dirais de s’écouter et de s’entourer de personnes bienveillantes : l’environnement compte énormément, qu’il soit personnel ou médical. Face à une maladie lourde, il est important de se sentir à l’aise avec son entourage et de se rappeler qu’il ne faut pas laisser la maladie prendre toute la place dans sa vie.
Mon frère, par exemple, est mort dans un accident de voiture, alors qu’il n’était pas malade. On passera tous par la mort, jeunes ou moins jeunes.
Peut-être que la maladie vient pour nous révéler certaines choses sur nous-mêmes… c’est pour ça qu’il faut toujours garder espoir.
*Ce récit a été partagé et publié avec l’accord de la personne concernée.
Mon cancer traînait depuis longtemps. Dès 2022, je ressentais une fatigue persistante : même après une nuit complète, j’étais épuisée. Quand je consultais, on me renvoyait à ma situation de mère célibataire de quatre enfants. On me disait de ralentir. Pourtant, malgré le repos et une alimentation saine, je sentais que quelque chose n’allait pas. En septembre 2024, de fortes douleurs sont apparues, et quelques semaines plus tard, j’ai reçu le diagnostic.
Avec le temps, d’autres symptômes sont apparus : démangeaisons aux membres et sueurs nocturnes, au point de devoir changer les draps. J’ai longtemps pensé que c’était hormonal.
Heureusement que j’étais bien entourée au début du traitement. Une de mes sœurs m’hébergeait pour que ma mère puisse prendre soin de moi, tandis que l’autre s’occupait de mes enfants comme si elle était leur maman. Mon compagnon avait lui aussi adapté son emploi du temps. Après quelques mois, j’ai pu rentrer auprès d’eux : même entourés, mes enfants avaient besoin de leur maman.
Je me suis présentée aux urgences, incapable de respirer correctement. Au départ, ils ont pensé à un problème de vésicule biliaire et m’ont orientée vers une chirurgienne pour une ablation. Elle a été la seule à me prendre au sérieux, mais elle s’inquiétait à l’idée de m’opérer. Après avoir consulté mes analyses de sang, elle a appelé la gastro-entérologue de service… qui a refusé de me prendre.
Un membre du personnel m’a interrogée sur mes origines, puis m’a renvoyée chez le gynécologue : selon cette dame, les Maghrébines auraient des règles plus abondantes. C’était absurde : je n’avais pas mes règles, je venais d’accoucher.
Après cela, je suis allée ailleurs. Mais là encore, certains médecins ont insinué que je faisais semblant. Je me suis sentie incomprise et j’ai fondu en larmes. Je n’étais pas venue à 4 h du matin pour le plaisir, j’avais vraiment mal. Heureusement, ma chirurgienne a contacté un spécialiste dans une autre ville pour effectuer des prélèvements.
J’avais des doutes sur la manière dont mes symptômes seraient interprétés.
J’ai rassemblé mes analyses de sang, listé tous mes symptômes et j’ai demandé à ChatGPT quel pouvait être le diagnostic le plus probable. Il m’a présenté deux possibilités : le lupus et la maladie de Hodgkin.
Le lendemain, j’ai appelé l’hôpital pour voir un hématologue, mais je n’ai pas obtenu de rendez-vous. J’ai alors contacté un hôpital à Paris et demandé à une secrétaire de montrer mes résultats à un spécialiste. Elle a d’abord refusé, mais après que j’ai insisté, elle a finalement accepté. Cinq minutes plus tard, j’étais rappelée : je devais me rendre en urgence pour faire des analyses supplémentaires avant d’obtenir le diagnostic.
Après ma dernière grossesse, j’avais prévu de faire une abdominoplastie à Mulhouse. Lors de la consultation, j’ai passé une échographie et, à la réception des résultats, la praticienne m’a demandé un scanner en urgence. J’étais étonnée parce qu’aux urgences, j’avais déjà passé ce type d’examen, mais personne ne s’en était inquiété.
J’avais des ganglions partout… c’était une catastrophe.
Après les examens, j’ai commencé mon suivi à Paris et tout s’est accéléré : mon cancer était au stade 4 et affectait tout mon système lymphatique, avec des atteintes au foie, aux os et aux poumons. Le 4 novembre, j’ai entamé la chimiothérapie. J’ai choisi de rester à Paris, où la différence avec mon hôpital local était frappante : il y avait de l’humanité, de la politesse et des sourires.
Si l’on est mal considéré, on ne peut pas mobiliser ses forces pour affronter un traitement lourd et guérir. Dans une épreuve pareille, il faut être dans un environnement sain.
Ce qui a été le plus difficile, c’était de penser à moi et de prioriser mon bien-être. Avec du recul, je ne regrette pas mon choix : il fallait que je sois bien dans ma tête pour affronter tout cela.
J’étais soulagée d’avoir enfin une réponse et qu’il soit encore possible d’agir. Mais j’étais aussi dans un état étrange. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’était mes enfants.
J’ai commencé à calculer les âges pour voir combien d’années je devais vivre pour pouvoir m’occuper d’eux, car ils étaient encore petits.
Concernant mes proches, je n’ai jamais eu de tabou avec eux. Ils voyaient bien que quelque chose n’allait pas. Pour l’annoncer à mon père, j’ai préféré attendre d’être au restaurant. Il a pleuré, mais je lui ai rappelé de rester positif : certaines personnes n’ont pas de traitement, moi j’en avais un, donc je gardais l’espoir.
Je ne pouvais plus exercer mon métier d’enseignante : j’avais tellement mal au ventre que je me recroquevillais, parfois je mettais mes jambes sur le bureau. Je ne tenais ni debout ni assise. À ma grande surprise, une prise de sang a montré que j’étais enceinte… avec d’autres anomalies inquiétantes. Le mot « cancer » m’a traversé l’esprit, mais je n’osais en parler à personne.
Quelques mois plus tard, j’ai donné naissance à mon cinquième enfant. J’étais épuisée, je ne pouvais m’occuper que de lui. Je ne pouvais rien faire d’autre : pas cuisiner, pas faire le ménage, pas travailler, pas même réfléchir ou me souvenir de quoi que ce soit.
Outre la peur de mourir, c’est difficile pour une femme de voir son corps et son visage changer : j’avais perdu 20 kg et savais que je perdrais mes cheveux. Mon compagnon m’a beaucoup aidée : il plaisantait avec moi et son regard n’a jamais changé. Même sans aucun cil ni sourcil, il me complimentait. En plus, il s’est occupé de notre bébé et de mes autres enfants comme s’ils étaient les siens. Tout cela a beaucoup renforcé notre couple, et nous nous sommes mariés en novembre 2025.
Tout s’est joué en moins d’un an, de novembre 2024 à mai 2025. Le jour de ma rémission, mon divorce a été prononcé : ça a été un double soulagement. Aujourd’hui, je retiens qu’on ne peut pas rester constamment anxieux et que la santé mentale et la santé physique sont intimement liées. J’aimerais aider des personnes avec justesse, sans promesses, mais avec des outils efficaces comme la TCC.
Je voudrais apporter de la lumière dans l’obscurité et contribuer à redonner de l’espoir.
Ma foi a joué un rôle central. Elle m’a permis de déposer le poids de la maladie sur quelque chose de plus grand que moi et de relativiser ma peur de mourir et de laisser mes enfants. Je me suis rappelée que ma mission était d’être là pour eux, le temps nécessaire, car ils ne m’appartiennent pas. Être entourée et lire sur le lâcher-prise m’a aussi beaucoup aidée.
J’ai pu parler à une personne de mon quartier qui avait traversé la même épreuve. Il avait eu ce cancer à 17 ou 18 ans, à une époque où les traitements étaient encore nouveaux et la maladie moins connue. Il m’a donné des conseils, notamment sur le fait que les changements d’humeur sont normaux. Cela m’a aidée à préparer ma famille à ce qui allait arriver.
Pendant mon traitement, je n’arrivais plus à dormir et je passais mes nuits à cogiter sur des blessures non résolues. J’ai commencé à écrire, et après ma rémission, j’ai décidé d’en faire un livre pour que d’autres puissent s’y reconnaître et que cela laisse une trace.
Mon livre s’intitule « Refuser l’effacement », car il résume ma vie.
C’est une manière de refuser de disparaître, d’affirmer mon envie de vivre et de rappeler que, même si penser aux autres est important, il ne faut jamais oublier de penser à soi.
Ce que j’ai vécu reste traumatisant, même si j’ai fait tout ce que je pouvais pour le traverser au mieux.
J’ai du mal à dire que je suis guérie, car dès que j’ai des courbatures ou que je ressens de la fatigue, j’ai peur que le cancer revienne.
J’essaie de profiter de chaque instant comme s’il s’agissait d’un cadeau.
Je leur dirais de s’écouter et de s’entourer de personnes bienveillantes : l’environnement compte énormément, qu’il soit personnel ou médical. Face à une maladie lourde, il est important de se sentir à l’aise avec son entourage et de se rappeler qu’il ne faut pas laisser la maladie prendre toute la place dans sa vie.
Mon frère, par exemple, est mort dans un accident de voiture, alors qu’il n’était pas malade. On passera tous par la mort, jeunes ou moins jeunes.
Peut-être que la maladie vient pour nous révéler certaines choses sur nous-mêmes… c’est pour ça qu’il faut toujours garder espoir.
*Ce récit a été partagé et publié avec l’accord de la personne concernée.